Soirée ATELIER « famille » avec LA TROUPUSCULE

EN VISITE A « LA TROUPUSCULE »
nouvelle équipe de théâtre de l’Opprimé (Drôme)

           Mardi 25 février 2020, me voilà devant la salle des fêtes de Saillans (vous savez, ce fameux village qui a élu une liste citoyenne et participative la dernière fois!) pour une séance de 3h d’atelier.  Quatre personnes de La Troupuscule avaient participé à la 13ème rencontre du Réseau TO (nov 2019), à l’invitation de Marie France Duflot (Compagnie Naje), qui travaille avec eux.
         18h15, je suis tout juste à l’heure du rendez-vous. Quelques personnes bavardent sur la place, la porte est encore fermée. Anne et Vinciane, les animatrices, arrivent ensuite mais elles n’ont pas la clé ! Pourtant l’ambiance reste souriante et bon enfant et quand Anne nous regroupe sur le parking pour le jeu du « clin d’oeil », je me dis qu’à la nuit tombante, ça va pas être facile…. Mais la clé arrive ! On entre dans la salle carrelée, sans nos chaussures, pour être sûrs de ne pas être accusés d’avoir sali (j’apprends que cela s’est déjà produit, à tort bien sûr). Tout le monde dépose vite son petit pic nic sur le bar et sans tarder, en double cercle, nous commençons.

PREMIERE PARTIE:  5 JEUX DE DIFFERENTES CATEGORIES.
JEU d’intégration, animé par Vinciane.
    C’est la variante « je t’appelle par ton prénom » (et pas par un clin d’oeil). Nous sommes par deux, une personne sur le premier cercle, l’autre sur le second. L’un derrière l’autre, distance : un bras. Une personne est au milieu du cercle, elle appelle quelqu’un du premier cercle, cette personne essaie de foncer la rejoindre et la remplacer sans que son partenaire du deuxième cercle ait le temps de la toucher, (la toucher sans se déplacer mais en allongeant son bras). Les sourires, puis les rires se succèdent. Evidemment, depuis le centre, on peut surprendre en appelant quelqu’un qui n’est pas la personne qu’on regarde, mais qui se trouve derrière ! 
Variante : le jeu tel que je le connaissais, oblige à appeler par un clin d’oeil silencieux. De plus on demande à la personne qui est derrière de non seulement toucher, mais d’essayer d’attraper, voire d’enlacer, celle qui s’échappe, mais sans mettre de force dans son geste. Pour s’échapper on peut alors par exemple se baisser rapidement avant de foncer, car être seulement touché ne suffit pas à être repris. Cette version est parfois nommée « l’amoureux jaloux ». 
JEU de rythme : West Side Story
 
La version à laquelle je participe est très fluide, notamment parce que la personne qui va proposer un geste et un son répétitif à son groupe n’est pas définie à l’avance (par exemple celui qui est au centre, ou au bout, ou…). Là aussi on s’amuse. 
JEU d’aveugle.
Un aveugle se promène et tout le groupe le guide en créant des « portes musicales » vers lesquelles l’aveugle se dirige. Comme au ski (?) l’aveugle doit passer entre les 2 personnes (les piquets) qui produisent un même son. Dès que la porte est passée, ils se taisent, et une autre porte l’appelle. Les portes et les personnes bougent à travers l’espace. « on peut bien sûr, créer des zig zag, des retours, et pas forcément un tunnel sonore aux courbes harmonieuses que l’aveugle suivrait »  rappelle l’animatrice. Petit debriefing : les aveugles qui se sont succédés sont ravis. 
J’ai pratiqué, notamment avec beaucoup d’espace, par exemple en plein air. Là on peut même laisser l’aveugle avancer à sa guise et ne lui proposer des portes que de temps à autre.
JEU d’image à deux.
Je m’attendais au fameux « compléter l’image » ! Mais nous faisons une version différente intitulée « meubler l’espace vide ». Face à face au départ, une personne propose des gestes, et successivement l’autre « comble » l’espace entre eux. On inverse ensuite bien sûr. Ensuite, variante : le proposeur est oppresseur, l’autre est opprimé. 
JEU d’image avec création de personnages
On est par deux. Le thème: « on vient d’avoir un accrochage entre nos deux véhicules ». L’un sera oppresseur, l’autre opprimé. Une impro d’une minute sur le mode « foire » c »est-à-dire que tous les couples improvisent (gestes, paroles) en même temps. Puis l’animatrice crie « bascule » et les rapports de domination s’inversent pour une nouvelle impro. De plus en plus rapidement, on entend (ou pas!) « bascule ». Comme Anne le précise, tant qu’on n’entend pas « bascule » on joue, on doit accepter sa condition d’oppresseur ou d’opprimé. 
Bien entendu, la difficulté réside dans cette dernière consigne : pour le personnage oppresseur, trouver les arguments mais surtout les armes que je possède pour opprimer l’autre ! Pour l’opprimé, tenter de ressentir le tort qu’on me fait, mais sans me faire aussitôt « victime » car les opprimés, justement, peuvent lutter pour récupérer leurs droits.
Au débriefing, la question du temps laissé avant chaque bascule est évoqué. « trop court parfois » « mais cela permet aussi de s’entraîner à la réaction rapide par les corps, plus réactive qu’avec les mots ».




DEUXIEME PARTIE : Sur le thème de LA FAMILLE, les scènes en cours de préparation qui vont devenir des théâtre forums.   
     Des récits ont été recueillis lors des précédentes séances, deux impros déjà créées. Mais le groupe fluctue, 3 n’étaient pas présents la fois dernière, (une séance de 3h un mardi sur deux) d’autres sont absents ce soir, certains ne seront pas là le jour du spectacle. Les animatrices prennent ça très « cool ». (j’apprécie beaucoup leur capacité à ne pas être inquiètes !) 
Pour les deux scènes déjà créées, deux équipes se reconstituent avec peu de changements et partent travailler. 
Avec les autres nous formons un troisième sous groupe, nous sommes 5. Anne reste avec nous et demande qui se souvient bien d’une des histoires déjà racontées et… voilà justement qu’Etienne avait lui-même apporté une histoire, mais dont il n’est pas sûr que « ce soit vraiment une oppression, plutôt une situation gênante ». Anne lui propose de faire la mise en scène, tandis que je jouerai son rôle. Il fait sa distribution, et nous raconte l’histoire. Nous employons alors la Technique des DIAPOS. Anne lui demande de sculpter de 5 à 8 images, avec obligatoirement  le début, la fin, et surtout le moment crucial. Ensuite nous les mémorisons et rejouons l’ensemble de manière fluide, en nous mouvant, mais en marquant la pause à chaque image. Nous ajoutons aussi les paroles « mais uniquement celles qui sont nécessaires » !
Chaque personne peut proposer des modifications, des ajouts, qui sont acceptés ou pas, modifiés, par Etienne. Il s’agit, nous précise Anne, de décoller de l’histoire précise de départ, pour nous l’approprier collectivement, en fonction de nos expériences, nos connaissances. 

PAUSE REPAS : là, pour moi, c’est la surprise ! 
        Je pensais (craignais) que 45 mn, voire d’avantage allaient y être consacrées… dans un atelier de 3h.  Mais pas du tout ! Tout le monde reste debout de chaque côté du bar présent dans la salle, et 10 minutes plus tard, nous reprenons tous, sans problèmes. Voici d’ailleurs une précision sur l’ambiance. Avec les deux animatrices, nous sommes 15 dont moi. Groupe bien mixte en genres, et avec une grande amplitude de variation en âge ! Deux jeunes hommes qui viennent d’Afrique noire, des mamies des papis (comme moi) et pas mal de trentenaires. Tout le monde a le sourire, le tonus, la concentration : pas de problème de téléphones portables, de WC, de sortie cigarette, ni de retrait vers les murs du fond !
LES 3 HISTOIRES SONT ENSUITE JOUEES DEVANT TOUS.
1) mariage d’amour/mariage arrangé
Dans un village (d’Afrique?) un homme caresse le ventre de sa compagne, enceinte, et l’emmène dans sa famille pour la présenter. Mais son frère aîné, furieux, scandalisé, lui dit qu’il a arrangé pour lui, depuis longtemps, son mariage avec une cousine, présente dans le lieu. Celle-ci, très déçue s’écrit « bin… et moi ? »  Applaudissements, puis remarques : 
– préciser davantage qui est chaque personnage, quels rapports (de pouvoir notamment) ils entretiennent entre eux. 
– montrer le désarroi de la « promise » abandonnée, et montrer quel est l’enjeu pour elle. 
Je me dis (mais le lendemain) que la couleur de peau semble jouer un rôle important. L’histoire a été amenée par un des gars venus d’Afrique, mais sa promise est jouée par une actrice disponible : et c’est une blonde bien blanche… Bien entendu, le plus important est que l’opprimé principal soit joué par un africain, mais comment faire avec cet autre personnage ? Cela me rappelle un débat que j’avais eu à propos d’un théâtre forum où une bagarre éclatait sur un quai de métro, et la victime était jouée par le seul acteur noir. J’y avais vu une scène de racisme, même si la jokère nous disait que le thème n’était pas celui-là… Au théâtre, ce que le spectateur VOIT est plus fort que ce qu’on lui DIT DE VOIR me semble-t-il. 

2) L’injonction à avoir des enfants
Repas de famille. Un cousin annonce son prochain mariage, il est le centre de l’admiration. Et…ça ne rate pas, les parents demandent à notre opprimée, encore célibataire, « alors, et toi ????» « et tu nous fera des petits enfants ?… t’as encore le temps, mais tu verras, c’est super ! » … Et tout le monde s’y met, bien qu’elle réponde que ce n’est pas sa priorité, qu’elle se posera la question si elle tombe amoureuse, etc… Trois ans plus tard, c’est pire encore, l’autre femme attend son second enfant, et toute la famille presse l’opprimée « tu devrais y penser, tu as déjà 32 ans » jusqu’à ce qu’elle tombe à genoux en criant et s’arrachant les cheveux. Applaudissements, puis remarques :
– il y a des rôles de composition, des acteurs qui jouent deux rôles, donc il serait  important de caractériser les personnages et surtout de quelles générations ils sont. 

3) Le copain du père et l’enfant surprotégé 
Jean-Denis et Philippe, deux potes qui ont fait les 400 coups ensemble, se retrouvent chez Jean Denis, boivent et trinquent, ravis de la soirée souvenirs qui s’annonce. Mais la femme de Jean Denis rentre avec Célestin, leur fils de 5 ans. Aussitôt le père s’empresse d’aller s’occuper de l’enfant, les deux parents sont autour de lui… Tout s’arrête, ils lui donnent (à deux!) son goûter… à la cuillère ! et de toute urgence, car « c’est l’heure ». Philippe est pour le moins… étonné.
Quand la cuillère valse au sol, tout le monde la regarde, et c’est Philippe qui la saisit, l’essuie (sur son pantalon ou dans sa bouche) et la tend à Célestin. Horreur ! Le père fonce chercher une autre cuillère, les deux parents repoussent Philippe, celui-ci est abasourdi, puis triste. Il annonce « bon, Célestin je vais y aller » et il part sans même que les parents ne lui disent au revoir…. 
Rires, applaudissements et remarques : 
-plusieurs n’ont pas compris l’histoire ! Là aussi, il faudrait qu’on voit mieux qui est qui, quelles sont les relations. Par exemple, je jouais Philippe l’ami du père (j’ai 72 ans)  mais… mon pote le père était joué par une très jeune femme.
Puisque Anne a précisé que cette scène peut être enrichie de nos propositions pour en faire un projet collectif, une idée me vient sur le coup, et nosu l’intégrtons, mais beaucoup d’autres ne m’arrivent que deux jours plus tard ! Je leur envoie donc quelques récits de ce type, avec plusieurs enjeux différents à clarifier, et des volontés diverses des personnages et surtout du protagoniste. 

Construction des personnages. 
Exercice de « la chaise chaude », mené par Vinciane.
       Les acteurs d’un groupe s’installent en ligne sur des chaises séparées. Le reste du groupe se répartit : quelques-uns face à celui-ci, d’autres face à celui-là… et pourront changer de place. L’exercice consiste à poser des questions à chaque personnage, pour aider l’acteur à le construire. Beaucoup des questions (parmi celles que j’ai entendues) tournent autour de l’identité du personnage, de ses habitudes, son mode de vie. Cela se fait sur le mode « foire » c’est-à-dire que les 4 acteurs sur scène entendent et répondent aux questions en même temps.
Cette variante est issue de l’exercice « interview de personnage ». que j’au utilisé souvent en préparation au forum. Un seul acteur sur « la chaise chaude » et tous les autres disponibles lui posent des questions. Souvent en se présentant comme journalistes. Pendant ce temps, un sous- groupe peut répéter sur scène, avec la co-animatrice. Il s’agit alors de préciser les motivations, les volontés, les armes et l’idéologie du personnage. Quand l’acteur hésite, ou fait une réponse qui semble incorrecte au groupe, vite, un des participants se place à côté de lui et donne une autre réponse. Le groupe peut ensuite décider d’intégrer ou de refuser les différentes réponses. La construction du personnage peut ainsi devenir la responsabilité non pas du seul acteur qui l’incarne, mais de tous, ou au moins de son sous-groupe.
Le lendemain, je pense d’ailleurs que mes réponses ont progressivement laissé apparaître un personnage un peu irresponsable. J’aivais donc « dévié » mais sans que personne n’infléchisse cela. Or, mon personnage étant notre apporteur d’histoire, notre protagoniste, l’opprimé qu’on va demander de remplacer, il doit donc être de bonne volonté, on doit pouvoir s’y identifier ! 
JEU d’au revoir
C’est une variante du jeu d’intégration où une personne serre une main, ne la lâche pas, puis tente de traverser la salle en allant de main en main, sans jamais se retrouver sans une main dans la sienne. Très vite tout le monde s’y met en même temps. Souvent les gens en profitent pour se dire « bonjour » ou « salut ». C’est un jeu souvent utilisé aussi, avant un théâtre forum, avec les spectateurs. Cette fois, on se dit « au revoir » mais à sa façon : si j’ntends « à la prochaine » ou « tagada »c’est la formule que je DOIS utiliser avec la prochaine main que je serre ! Eclats de rires quand on entend de nouveau la phrase qu’on avait soi-même choisie au début. 
CLOTURE : le 8 mai, le groupe jouera au Centre Social de DIE. 
Les animatrices font le point des présences ce soir là, pour préparer la prochaine rencontre. Puis, aussi rapidement qu’à la pause repas, des balayeurs, des laveurs de vaisselle, des regroupeurs de restes de nourriture se mettent à l’oeuvre spontanément. Super ! Il est presque 21h45, et nous partons.  

Je passais quelques jours dans la région, j’étais en quête d’actions TO à voir en Rhône Alpes. J’ai vécu une bonne soirée avec la Troupuscule, dans un groupe ouvert, dynamique et joyeux. J’ai aussi apprécié l’animation collective, souple, de Vinciane et Anne, l’une pouvant ajouter quelque chose aux consignes données par l’autre, tranquillement. J’ai hâte de savoir ce que vont devenir ces scènes, pour le forum du 8 mai ! Merci de m’avoir invité.
Texte de JF Martel jf.martel@orange.fr 06 85 54 99 68 
Relu par Anne Boucard La Troupuscule latroupuscule@riseup.net

 
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