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Adhérer au Réseau TO

Adhérer au Réseau Théâtre de l’opprimé
(les phrases en rouge sont de nouveaux ajouts)
Sur le fond : c’est d’abord se connaître et partager valeurs et pratiques
-Les adhésions concernent les groupes, collectifs, associations, compagnies, théâtres qui pratiquent le théâtre de l’opprimé.

-Elles sont acceptées en AG,
par consensus, ou simple constat,  ou par vote à la majorité simple par les groupes déjà adhérents.

PROCESSUS (A,B,C,D)
– A) faire la demande d’adhésion en connaissance de cause (approuver nos principes et notre fonctionnement (1) Concrètement :
-soit quelqu’un du réseau connait le travail de ce groupe, et le présente au réseau, soit la demande est faite spontanément par un groupe « inconnu » ce groupe peut alors se faire connaitre par des invitations à voir une partie de son travail.
– C) se présenter à une rencontre nationale.
ou à défaut, à une rencontre régionale, ou…une visio conférence ).
– D) L’adhésion est ensuite acceptée à l’AG suivante. Le groupe règle sa cotisation annuelle. Celle-ci est à ajuster librement, en fonction des ressources du groupe, autour de la base fixée en AG (en 2019: 300 euros).
Les groupes adhérents à jour de cotisation sont alors présentés sur le SITE et sur la CARTE interactive des groupes, LEURS DATES sont publiées, ils votent (une voix par groupe quelle que soit sa taille), leurs TRAJETS vers les rencontres nationales sont pris en charge. 

(1) les 3 principes du réseau sont sur la page d’accueil du site www.reseau-to.fr : désirer échanger entre praticiens, pratiquer le théâtre de l’opprimé contre l’oppression, préférer la coopération à la concurrence. Nos statuts,RI, et notre charte (toujours en élaboration) sont visibles sur le site à l’onglet membres. 
Les deux principaux modes de fonctionnement du réseau : 
-Alimenter la liste de discussion-diffusion au moins avec ses dates de spectacles ou de stages, et aussi demander de l’aide, proposer des coups de main.
-Participer dans la mesure du possible, aux rencontres nationales. 

Texte envoyé en mars 20, discuté en mars 21 en visio, amendements été 21, il fera l’objet d’une discussion en sept  21 pour modification et adoption en AG.

Déontologie: liste, site Adhésion : modalités

DEONTOLOGIE et fonctionnement DE NOTRE LISTE et de NOTRE SITE

– BUT : Notre liste est destinée à diffuser les activités, réflexions, récits, remarques, concernant le THEATRE DE L’OPPRIME.

– MODERATION : il n’y a pas de « modération a priori »des échanges. Tou·te·s les personnes abonné·es à la liste (et seulement ces personnes) peuvent envoyer leurs textes signés, à :  participants@listes.reseau-to.fr

– REPONSES, MISES SUR LE SITE : tous les participant·es peuvent répondre, réagir, sur la liste, proposer des modifications à l’auteur·e. Aucun texte ne sera mis sur le site sans accord de l’auteur·e. Le site comporte une partie publique, et une partie accessible aux abonné·es.

DEONTOLOGIE :
a) pour nommer quelqu’un ou un groupe.
Si dans un texte une personne ou un groupe est nommé, au minimum lui envoyer le texte AVANT de le publier. Mieux encore: discuter ensemble de ce qu’on publie. Pour diffuser un texte (ou une citation) écrit par une autre personne : obtenir au préalable l’accord de l’auteur·e.

b) la « netiquette » Pas de mise en cause d’une personne ou d’un groupe sur la liste, pas de propos humiliants, ou même jugeants ou moqueurs : préférer absolument avoir un échange direct et privé avec cette personne ou ce groupe.

c) Les notes des rencontres du réseau sont résumées. Avant de les diffuser puis de les mettre sur le site, veiller au passage de l’oral à l’écrit, éliminer ce qui est confidentiel, demander l’accord aux intervenant·es qui peuvent alors compléter, éventuellement rectifier.

CONSEILS PRATIQUES :
Demander de l’aide sur cette liste ? Ne pas hésiter. Il y a toujours au moins une personne (ou l’adresse contact) qui répondra rapidement.
Destinataire(s) : D’abord, choisir: j’écris à toute la liste ? A une seule personne, à un groupe, à tous les groupes ? (listes consultables sur le site).
Objet du message : remplir ce champ. Les destinataires ouvriront on non le mail en fonction de son objet. Signer son mail et remplir le champ répondre à : cela permet de recevoir une réponse sans que toute la liste la reçoive.
Pour limiter le nombre de mails « à tous »: utiliser aussi l’adresse  contact@reseau-to.fr Les infos qui y sont reçues, notamment les brèves, peuvent être regroupées dans un « ACTU DU RESEAU » envoyé à tous.

Texte complété par JF en janvier 21 modifé en août, à soumettre à adoption par l’AG. 

TF: Cancer et créativité !

Le 12 juin 2015 Je suis allé voir le Potimarron et son théâtre forum :
«les fenêtres ne sont plus au même endroit»
J’ai eu envie de partager ce que j’en ai retiré, car c’est en cherchant à apprendre des autres que la coopération peut nous faire progresser. Ceci n’est donc pas un résumé de la séance, mais surtout les bonnes idées que j’y ai glanées.

LE CADRE DE L’ATELIER
Ce théâtre forum a été créé et joué par groupe de soignants et de soignés, du service oncologie de Mulhouse, avec Jacqueline du Potimarron, pour la 16ème journée d’étude de l’asso « psy-oncologie », intitulée : « cancer et créativité ». Jacqueline a mené cet atelier avec Frédéric, en stage au Potimarron. Psy et soignants, malades, aidants (associations ou entourage), le groupe est réellement composite. Ils ont pu répéter (juste un peu !) la veille. Ici, l’état de santé de certains s’ajoute aux autres contraintes horaires que l’on connait partout. Ils n’ont finalement eu que 20h avant de jouer, sur les 26h prévues. Mais Jacqueline est confiante, pleine d’énergie, et c’est contagieux !
Les histoires. Ils ont pris le parti de « coller » à des histoires personnelles choisies par le groupe. ()Parfois, on décide de choisir des thèmes et on crée un scène à partir de plusieurs récits. Après le premier week-end, le contenu du spectacle était prêt. Il leur restait environ 8h pour travailler le modèle et son interprétation, préparer les personnages.

LE CADRE DE SPECTACLE
Sur place, Ils n’auront qu’une demi-heure pour « filer », avant de jouer, pendant la pause repas. Car toute l’équipe participe à l’ensemble de la journée, certains sont même organisateurs ou intervenants. Ils ont dû conserver la grande table pupitre traditionnelle d’un amphi ! (elle servira de lit, de fauteuil, etc…) mais presque tout va devoir se jouer devant ce pupitre, avec à peine 2 mètres de profondeur. Nous nettoyons le fond de scène de ses panneaux liés au congrès, ils installent des paravents légers devant les portes de l’amphi, qui font coulisses, à cour et jardin, et des cubes noirs, le tout apporté le matin même de Strasbourg : matériel très efficace, idée à garder.

DEBUT DE LA SEANCE
Filage technique (uniquement entrées sorties, accessoires). Jacqueline donne quelques consignes auxquelles elle tient absolument: visages « ouverts » souriants, regards au public, voix au public ! Elle fait vérifier les places de chacun en coulisses, hop, il est l’heure ! 200 personnes entrent rapidement et s’assoient sagement. Dans un amphi avec ses marches et ses sièges avec tablette, quel jeu faire ? Ce sera : « traverser la salle en tenant toujours au moins une main ». Même s’ils ne suivent que partiellement les consignes, notamment celle de « traverser la salle », l’ambiance se détend, rires.
Jacqueline dit un texte court, que j’ai trouvé très clair : « toutes les histoires sont vraies. Tout le monde peut s’emparer du T.O. pour lutter contre les oppressions. Notre point de vue, sera celui des soignés, puis celui des soignants, avec leurs volontés d’agir, l’entourage étant un frein ou un appui… Le forum est un débat sur scène, à la place du personnage qui tente quelque chose contre les oppressions ! » Elle parle aussi d’intelligence collective, de l’importance d’être sincère, pas forcément de trouver la solution, mais de faire des propositions en solidarité avec l’opprimé.
20 mn après l’ouverture des portes, après l’installation, les présentations par les organisateurs, le jeu, le texte de la jokère : le spectacle commence.

LE SPECTACLE
Deux types de scènes se succèdent, dont voici quatre extraits. Elles sont ainsi annoncées :
« une scène qui donne des forces » quand il s’agit d’une scène qui parle d’espoir, où on ne fait pas forum,
« une scène où nous allons faire forum, remplacer le protagoniste » quand il s’agit d’une scène d’oppression.
Scène « face au médecin conseil »
Celui-ci, en accord avec le mari de la malade, tente de lui faire reprendre le travail, alors qu’elle dit ne plus en pouvoir, après toutes ses chimiothérapies, et avoir besoin de temps. Seule une amie la soutient dans sa demande de repos. C’est elle -l’amie- que la salle veut remplacer.
Réflexions sur le ou les antagonistes: souvent la spectatrice a travaillé seule, pendant le forum. Les acteurs antagonistes avaient du mal à développer la « ligne » de leurs personnages, ou à être éventuellement ébranlés, car il faut de l’entraînement pour cela. Mais surtout (mon hypothèse): tout le monde semblait ravi de voir la ténacité du discours de l’amie, y compris les acteurs  ! J’ai souvent vu cela en France, et en Inde : Les autres personnages ne réagissant pas à l’intervention, celle-ci est surtout déclarative. Mais c’est parfois le but : « si vous pouviez parler, sans entraves, que diriez-vous ? » Comment arriver à parler des conséquences, des suites des propositions ? Si l’équipe n’y est pas prête, une des possibilités du joker serait de questionner le public: notamment « qu’en pensez-vous ? l’amie partie, la scène reprendrait-elle de la même manière ?
Scène du malade créatif
Une soignante soutient monsieur Etienne, hospitalisé, qui lui explique, tout sourire sur son lit, qu’il a de nouveaux projets professionnels, il prépare sur internet la création de gîtes ruraux… Tout le monde est ravi. Mais sa femme arrive : elle réprouve même l’idée qu’il puisse avoir des projets. « dans ton état ». Conflit : elle demande à la soignante d’arrêter de l’approuver, et appelle la hiérarchie médicale. « Docteur, venez on ne peut pas le laisser faire !»
Plusieurs remplacements de l’Aide Soignante qui s’entend répondre :« je suis sa compagne, JE SAIS ce qui est bon pour lui » .
Je souligne là un type d’intervention du personnage oppresseur : Dans cette scène, la comédienne « oppresseur » rebondit sur les propositions de la spectatrice. On découvre un aspect de son personnage, qu’on n’avait pas entendu dans le modèle, on apprend donc quelque chose. On dit souvent que les interventions sur scène devraient nous permettre d’explorer des pistes de solutions, mais aussi de dévoiler le « loch ness » : les parties inconnues de l’antagoniste.
Plus tard, l’épouse veut virer la soignante de la chambre, mais la spectatrice ne se laisse pas faire ! L’épouse insiste.
On avait là un exemple de l’équilibre, comme dans le jeu du « pousser l’un l’autre » : l’antagoniste a su trouver des réponses adaptées à la force de la spectatrice. Ne pas l’écraser, certes, mais aussi lui donner du grain à moudre, lui donner de quoi combattre.
Je remarque ensuite que M. Etienne n’a pas été intégré à la discussion qui le concerne. Comment aurait-on pu mettre cela en évidence ? Questionner la salle là-dessus ?
Scène de la psy: une malade désespérée et sa psy, à l’hôpital.
La malade répète : « JE – VAIS – MOURIR , JE – VAIS…». C’est poignant. Elle parle à la psy de l’avenir qu’elle envisageait, de ses projets avec ses enfants, qui ne se feront pas. La puy est livide, statufiée. La malade termine par « j’ai l’impression que… ça ne va pas… vous êtes choquée… ». Départ de la malade. La psy nous dit sa pensée à voix haute: « comment pourrais-je l’aider… j’en peux plus » Il est clair que la psy ne supporte plus d’être le réceptable de toutes ces douleurs. Elle en parle à un soignant. Ouf, on sent qu’elle demande de l’aide, on espère. Mais on lui répond en vitesse: « oh, c’est courant, vous n’avez qu’à demander, et on vous donnera des médicaments pour surmonter tout ça !» Elle se retrouve seule, submergée.
Très vite, les gens veulent remplacer… la soignante aux médocs ! Il me semble que la pensée à voix haute de la psy, tout à l’heure, cette trouvaille de mise en scène, pourrait être davantage développée, pour nous faire partager sa détresse, et susciter ainsi la solidarité par identification: elle devient alors la protagoniste qu’on a envie de remplacer.
Réflexion: dans quelles conditions et dans quel but est-il judicieux de remplacer l’oppresseur ?
Ici, l’oppresseur est remplacé par quelqu’un de solidaire. On pourrait laisser l’oppresseur en scène et ajouter la spectatrice, certes, pour développer un conflit entre elles. Mais on pourrait aussi en profiter pour avoir un débat sur nos volontés, sur notre (ou nos) images idéales : quelle serait la personne aidante idéale ? Avec plusieurs propositions, puis ensuite, chercher ce qui empêche la psy de recevoir une autre aide, et où sont les résistances ? C’est ce qu’on fait quand on utilise cette dynamisation d’image qui consiste à créer une image idéale, puis passer de l’image réelle à l’image idéale clap par clap, puis faire aller chaque personnage vers… sa propre volonté ! Et bien entendu, constater l’écart.
Les images idéales, en groupe de création, ou même en spectacle, pourraient permettre un débat ; veut-on une autre psy, une supervision, veut-on une autre organisation du service avec des heures de séances collectives ? etc…)
Autre option: on peut aussi accepter les remplacements de l’oppresseur sur scène pour en montrer des variantes que le public connait, et qui n’étaient pas dans le modèle, le remplacement a alors pour but de compléter (ou corriger!) notre modèle, AVANT d’entamer le forum.
La dernière intervention (remplaçant la soignante aux médocs par une soignante « idéale » donc) aboutit au projet d’en parler en réunion de professionnels, plutôt que de recourir aux médocs. (le côté institutionnel apparait, et est souligné).
JJ fait une synthèse brève, comme à chaque fois. Ce que je trouve intéressant dans la brièveté : on peut souligner quelque chose, ou questionner, mais inutile de répéter aux gens ce qu’ils viennent de voir, place au théâtre.
Question discutée avec Jacqueline: le choix de l’antagoniste principal.
Jacqueline m’avait fait part d’une question à propos du degré d’identification possible, et d’une discussion au sein du groupe.
L’histoire apportée par une participante  : un médecin propose des psychotropes à une psy, pour « régler » un problème rencontré au travail. « Mais, préférer les médicaments pour masquer un problème, cela n’est pas propre aux médecins » dit un des responsables du projet, « les médecins ne vont-ils pas se bloquer en voyant qu’on leur tombe dessus ? »  Une autre hypothèse est avancé et rejetée : « et si c’était une infirmière qui proposait de se médicamenter ? » La profession serait-elle moins susceptible ? Ou plutôt, située plus bas dans la hiérarchie, ce serait à elle d’endosser le mauvais rôle ? Décision finale: la personne qui propose le psychotrope portera un badge générique : soignant. Ce sera au spec-acteur de situer son antagoniste dans la hiérarchie, et d’agir en conséquence.
Réflexion: dans d’autres groupes, la question se pose parfois, et va au-delà de l’auto-censure ou du manque d’audace : comment être efficace dans la mise lumière d’une oppression et la recherche de ripostes?
Une scène qui donne espoir (pour finir la séance)
Depuis sa chambre d’hôpital, Jean, très malade a organisé un voyage en bateau, (le dernier?) avec toute sa famille. L’assistante sociale arrive, regarde le dépliant du voyage. Jean lui parle de tempête, de « quarts à prendre » Toute la famille arrive, ils sont tous ravis, les soignants semblent un peu inquiets mais ils se rallient. Sourires, famille unie qui entoure le malade. Happy end. JJ nomme : ce sont « Des paroles qui ressuscitent ». ils utilisent au mieux le pupitre inamovible de l’amphi, et l’image de la réunion familiale autour du malade est très réussie, je trouve. (avec justement une créativité du malade, et c’est le titre du colloque).
Tous se mettent en ligne, sous les applaudissements nourris.
Puis, une des « soignées » du groupe de participants, dit, d’une toute petite voix : « voilà, c’est fini…. » Très émouvant. On sent que ce fut une belle aventure. Une autre lit un texte : « …dans l’atelier, une vraie rencontre… pas de minauderie… à plus, on est plus forts… le voix se sont reconnues, les voix ont monté en force… on a osé ! »

Quelques remarques, après le forum
Ambiance  :
les acteurs ont bien joué le jeu, en confiance, parlant face public, utilisant l’espace réduit de la scène. Et la salle aussi a très bien joué le jeu. J’ai trouvé le rythme rapide ET sans stress! Le dispositif de faire forum ou non, en l’annonçant  au fur et à mesure, sur certaines scènes, a très bien fonctionné, permettant un grand dynamisme. (Quelquefois on attend la fin des modèles avant de faire forum). Je le leur ai dit.
Bilan avec les participants :
Une des femmes a raconté une retombée du spectacle dans sa vie personnelle, avant même qu’il ne soit joué ! Pour apprendre son texte, elle demandait à sa fille (jeune adulte) de lui donner la réplique : elle joue la femme dont le conjoint est dans le déni et veut la remettre au travail dès sa sortie de l’hôpital. Sa fille lui dit : « oh oh, ce mari me fait penser à quelqu’un » ! Elle en vient ensuite à demander directement à son mari de lui donner la réplique. Lui : « hm, c’est de moi qu’il s’agit ? » réponse : « oui, un peu… »Et dès le lendemain, sa fille lui dit : oh là là, maman, t’as vu ? « papa a changé ! » Puis j’ai préféré les laisser entre eux… Comment faites-vous, les autres, avec ce type de bilan à chaud ? Extraits de discussions que nous avons eues ensuite, avec Jacqueline, puis en réunion du réseau. Interrogations ouvertes, concernant notre travail de joker.

Ambiance et jokère
Oui, la jokère impulse un style, une ambiance. Jacqueline était confiante. 20h de travail seulement avec ce groupe composite, pour un colloque national auquel un autre groupe de forum avait été invité une autre année, mais peu apprécié… Pleine de rythme, souriante, avec quelques injonctions avec lesquelles elle ne transige pas : être présent à l’heure, parler face public, être au bon endroit avec ses accessoires avant de jouer, savoir son texte, regards directs. bref, on est fiers de nous, mais sans stress !! Et tout le monde sourit à commencer par elle, en accueillant le public.
Nous voulons que les personnages oppresseurs (et les autres!) continuent à exister pendant le forum.
comment les y préparer ? Les interviews de personnages, bien sûr, et l’entraînement au forum au cours du stage, les jeux comme « pousser l’un l’autre ». Mais… On a si peu de temps ! Une fois, ma co-animatrice faisait les filages successifs des scènes, et pendant ce temps-là, je faisais des interviews de personnages avec les autres.
On peut aussi, avant la reprise du spectacle, rejouer des interventions des spectateurs et s’entraîner à proposer des réactions (arguments, postures, déplacements) aux personnages restés en scène.
On peut aussi, dès le travail de création, à partir des scènes racontées, jouer à : « et si tu faisais ceci ? Ou cela ? » Et on propose de l’improviser, avant même que la scène soit complètement construite.

La question du SON : comment entendre le spec-acteur depuis la salle.
Les acteurs ont tendance à s’aligner sur son niveau de voix. Alors, parfois, on n’entend plus personne. Sempiternel problème : si je lui tiens le micro, je suis dans l’image, au milieu de l’image, qui est donc brouillée. Si je lui donner le micro, il ou elle risque de discourir face au public au lieu de jouer, cela gêne sa liberté de mouvement, et les autres risquent de se mettre en position d’écoute passive !
Bien sûr, on peut s’imposer de parler fort au spectateur, ce n’est pas toujours facile, mais ça peut l’entraîner à parler fort, lui aussi. On peut aussi s’entraîner à trouver des tactiques pour qu’il ou elle se tourne face à la salle, le joker peut aussi faire office de haut parleur, en répétant, mais ça casse un peu la spontanéité…
Sinon, je n’ai trouvé que 3 remèdes :
1) le micro casque ou micro serre-tête, que l’on met à chaque spec-acteur. (pas si difficile que ça en a l’air, pas si cher, un seul suffit).
2) à la rigueur, l’acteur remplacé, baissé prés du sol, qui tient le micro du spectacteur.
3) des micros suspendus, même s’ils sont visibles (solution systématique des indiens de Jana Sanskriti en plein air).

Dynamique du modèle et de la séance
l’idée d’intercaler des scènes de TF et d ‘autres scènes a très bien fonctionné. Et puis, j’insiste : c’est donc possible, avec 15 participants « mixtes », en si peu de temps, de monter un théâtre forum et le jouer pour un congrès ! La méthode du TO est puissante, mais ne serait rien sans l’énergie et l’implication.

Je suis ravi d’avoir rencontré ce groupe et vu ce théâtre forum. Je propose qu’on se fasse part de ce qu’on trouve intéressant, ce qu’on retient en voyant les théâtre forums des uns et des autres.
Rédigé à partir de mes notes du 12 juin 15 envoyées à Jacqueline. Un texte a été présenté à la réunion du réseau le 4 oct, (merci aux présents). En voici une nouvelle rédaction en nov. Merci à Eva pour ses remarques. Document de travail du réseau. Ne pas diffuser sans autorisation.

JF Martel, Lille. jf.martel@orange.fr 06 85 54 99 68

Brest: avec des jeunes migrants

Voyage dans le réseau : au TO de Brest avec un groupe de jeunes migrants. 16 avril 2019

Une journée de répétition puis un théâtre forum à Brest, par JF Martel

Peu après la rencontre du réseau TO en Bretagne, je reçois de brigitte :  : « Notre restitution (j’ose pas encore dire forum) sera le 16 avril… Et on te veut ! »
Je suis évidemment partant,si bien que Brigitte Millet (TO de Brest) et Héléna (Le Reuz) m’attendent ce 15 avril au soir, à la gare terminus de Brest, et m’emmènent d’abord manger dans un restaurant « typique ». Puis je m’installe chez Brigitte. Le lendemain, nous partons tôt et devons prendre du monde et du matériel en route. Brigitte téléphone à l’un (dans un foyer) puis à un autre, manifestement détendue, et son calme m’épate ! Car malgré l’expérience accumulée, je reste pour ma part anxieux quand il faut aller chercher quelqu’un, puis un ordinateur, et lancer des appels au téléphone avant de commencer, sans être sûr de qui sera là !… Juste « invité » j’en profite pour faire quelques photos d’un bras de mer.

La séance d’atelier :

Les voilà « tous » ! Ils sont 7. (l’incertitude pesait pour un ou deux, et un absent est revenu…) Bref, ils sont souriants et avides de faire des jeux et des impros. Nous sommes dans une grande salle, d’un Centre Social de la périphérie de Brest. A côté, des bénévoles de l’ADJIM (accompagnement de jeunes isolés migrants) nous prépare un repas collectif. C’est dans le cadre de cette association que Brigitte accueille et loge parfois chez elle, accompagne à la préfecture, et a proposé une séance hebdomadaire de « jeux » et… cet atelier théâtre forum.

Le groupe : Ils sont tous des garçons, ils apportent les histoires, et jouent tous les rôles. J’ai d’ailleurs trouvé les personnages féminins remarquablement joués par ces garçons. (pas si facile !).
Brigitte et Héléna sont secondées par Adèle, plus jeune. Comme toujours dans le groupe de Brest, elles aussi sont totalement « bénévoles ». Trois femmes, donc, françaises, avec 7 jeunes garçons d’Afrique noire (notamment de Guinée).
Les jeux:

D’abord un jeu d’intégration, mené par Adèle, pour rigoler un peu : s’asseoir de deux façons différentes sur une chaise. Les chaises sont un peu partout dans la salle, tout le monde circule, l’animatrice raconte une histoire et au mot « chat » on doit s’asseoir rapidement d’une façon, au mot « brouette » d’une autre façon. Nombreuses variantes possibles : parfois des consignes qui se succèdent en rythme, avec comme but de trouver un rythme collectif, parfois de s’entraîner à l’écoute rapide et au réflexe : avec deux mots proches l’un de l’autre « chameau et chapeau » par exemple, parfois en privilégiant la créativité des postures. La vitesse joue son rôle aussi, car si on prend le temps, sans enjeu de vitesse, au bout d’un moment ça ronronne. On peut aussi mettre une chaise de moins que le nombre de personnes, et celui qui reste debout donnera la prochaine consigne. On peut aussi devoir s’asseoir différemment… de tous les autres ! Sous peine de devoir se relever.

On peut aussi choisir N postures bien différentes, et soit les numéroter, soit leur donner des noms qui commencent tous par CHA.

Je découvre ensuite un jeu d’improvisation proposé par Brigitte : « allons au bar ».

Tous s’assoient en ligne face à la scène, ils sont dans un bar, et regardent la rue. Qui le veut passe alors le long du bord de scène, comme sur un trottoir, croise ou rencontre quelqu’un, etc… J’imagine des variantes possibles : ajouter les réactions des clients du bar, certains se connaissent -ils ? Les passants sont-ils silencieux, séparés par une vitrine ? Ou sont-ils à portée d’oreille ?

On rit beaucoup, ils prennent plaisir à « se montrer » sur ce trottoir, avec des salutations exubérantes ou des incidents.

On voit les trois images centrales des trois scènes.

Et je me pose la question de la place de l’apporteur d’histoire dans chacune.

Ils sont concernés par les scènes, c’est évident, mais comment le sont-ils? De toute évidence, dans les deux premières histoires, leur propre personnage n’est pas sur scène.

Scène sur la violence conjugale. Ils l’ont sûrement vue, cette épouse opprimée, vendeuse sur un marché, malmenée par son mari parce qu’elle a dit bonjour à un ami, un homme avec qui elle échange une bise et des confidences. (Mais.ils ne sont pas eux-mêmes des femmes adultes opprimées).
La violence sur l’enfant de 13 ans: Est-ce un souvenir ? Etant donné leur âge, 13 ans, ce n’est pas loin pour eux… Une fille (or, ce sont tous des garçons) est « corrigée » à la ceinture par sa mère pour être sortie en soirée. Comme enfant, on ne peut compter que sur une intervention extérieure (d’où leur personnage de voisin adulte qui frappe à la porte, et qu’on peut remplacer).

Ils espèrent jouer de nouveau, et ça s’éclaircira si c’est une souvenir. On saura peut-être qui était dans l’entourage et n’a rien fait, et qui a fait quelque chose ! Cela permettra de savoir qui parle dans l’histoire, et surtout quelle est la place de celui qui apporte l’histoire.

Dans ces deux scènes, les jokères ont privilégié les images fixes, qui s’animent quand il y a intervention sur scène, et les gars ont bien « tenu » leurs images. Mais il me semble (ce n’est qu’une idée) que le groupe pourrait jouer ce qui se passe avant et après cette image, sans beaucoup plus de travail, ce qui permettrait au public de mieux connaître les personnages.

Scène sur l’intolérance religieuse. Celle-ci m’a particulièrement intéressé. On sentait que celui qui apportait l’histoire l’avait lui-même vécue, et tous semblaient très concernés.

« Au pays » deux copains, sortent d’une église (ils sont de familles musulmanes semble-t-il) ? L’un s’était laissé emmener par l’autre à l’intérieur de l’église par curiosité. A la sortie, réprobation et menaces des copains qui l’ont vu. On a bien sûr envie de creuser les personnages, de comprendre quel est le lien entre les deux amis, et de voir ce qui se passe avant.

Préparation au forum : la construction des personnages:

Le travail de remplacement au cours de la longue séance de « forum constructif » que Brigitte a mené, a permis aux personnages -notamment celui de la mère violente (jouée par un des gars)- de prendre de la consistance. Face à une intervention sur scène au cours de ce travail, le personnage dévoilait bien les motivations de son geste: « ne pas laisser sa fille de 13 ans sortir seule tard le soir » et… sa peur d’être mal jugée si elle ne sait pas la « tenir »… La seule solution du personnage : la « corriger » en la frappant !L’acteur a su dévoiler ces motivations et les développer ensuite, pendant le forum. Nous, les spectateurs, on ne sait rien de cette gamine: on a envie de comprendre pourquoi sort-elle, et pour faire quoi ? Est-elle consciente du machisme ambiant et donc des risques ? Quels personnages rencontre-t-elle ? etc…

LE SPECTACLE

Le public : 15 personnes, presque toutes impliquées dans l’accueil des migrants. On se repose forcément les vieilles questions: que pouvons-nous faire, nous, européens intégrés, pour les aider ? Faire ce que fait déjà ce public : héberger, aider aux démarches, proposer des activités, des repas etc… Mais à propos du forum, on sait bien qu’on n’est pas à leur place, qu’on n’y sera pas, et que donner des conseils n’est pas souhaitable.
Brigitte souligne :« ces scènes peuvent avoir lieu « n’importe où » ! (et donc aussi à Brest)

Je trouve ça très juste, mais… les acteurs seraient-ils vraiment capables de jouer une mère brestoise qui règlemente la sortie en boîte de sa gamine, ou sa sortie chez les voisins de l’immeuble, le soir ? (souvent, avec « nos » ados, elle a un frère, qui lui, a plus de droits, et on aborde la question ainsi.)

Dans la scène de la violence conjugale sur le marché : cette fois c’est Adèle qui jouait la femme battue, (du groupe TO de Brest) et elle pouvait incarner une brestoise, de plus, elle vendait des trucs du genre brocante-bien-de-chez-nous. Mais pour transposer l’histoire en France, il faudrait comprendre pourquoi elle fait ça, économiquement, et quelles sont ses relations avec cet acheteur qui lui fait des bises et à qui elle se confie à propos de son mari ! Ce n’est pas un acheteur ordinaire. Bien sûr, les mêmes questions se posent si ça se passe en Guinée.

Remarquablement, personne dans la salle ne propose de remplacer les ados ! Les remplacements qui ont lieu sont sur les témoins : le voisin de la mère violente, le passant devant l’église, et bien sûr, à la place de la femme adulte victime ou de son ami. Le public explore surtout des hypothèses, en créant des personnages qu’on n’avait pas (ou peu) vus dans le modèle.

Aprés le forum, un des gars du groupe s’installe avec guitare et micro, et nous chante une chanson de son pays, magnifique ! Il est très applaudi. Je fais une petite vidéo en plus des photos !

Ce fut un plaisir ! Bon courage pour la suite, merci beaucoup de l’invitation et le séjour. Les nouvelles du groupe, les échos des autres représentations, sont les bienvenues, notamment sur le thème rarement abordé de « l’intolérance religieuse ».
JF Martel 06 85 54 99 68 texte relu par Brigitte).

Voir aussi dans « voyages dans le réseau » mon texte sur Voyage à Liège en juin 19, avec des compositions de groupe et d’animatrices comparables.

Contacter Brigitte et le TO de Brest : mibrigit@numericable.fr

Naje: Police et habitants

Une journée de création avec Naje.
18 avril 2019 , un théâtre forum de Naje sur « police et habitants » à Montreuil (93) Voilà un titre alléchant et je comptais bien aller voir ! J’appelle donc Fabienne qui m’invite alors à venir « dès le matin » pour la répétition. J’entre donc à 9h dans la salle de l’hôtel de ville. Tout le monde est assis en cercle, une vingtaine. C’est la dernière séance d’un atelier qui a réuni policiers et habitants plusieurs jours, avec des participations… « fluctuantes » !
Originalité du dispositif :
Ce n’est pas un projet mené par deux jokers : six comédiens-jokers de Naje sont présents, aux côtés de responsables associatifs, employés municipaux, policiers. Fabienne mène l’ensemble. Après les présentations, elle repère les absents, qui est nouveau, puis recueille encore des nouvelles histoires de relations policiers-habitants qui surgissent. ! Très vite, elle répartit les gens et organise plusieurs sous-groupes autour de ces récits, chacun dirigé par un joker.
Me voilà dans le sous groupe mené par Emy.
Mous de Naje y participe aussi. Jai beaucoup apprécié le travail d’Emy : elle insistait fermement mais tranquillement pour que le policier apporteur d’histoire parle d’un épisode précis, et qu’il sorte enfin des généralités hypothétiques, du genre « oui, il pourrait avoir fait ça, ou ceci, oui, parfois on fait ceci… ou alors parfois autrement »… Elle l’a obtenu, a fait la distribution et a mis en scène le récit ! Ouf, et bravo.
Fabienne circule de sous-groupe en sous-groupe, tous menés par un membre de Naje avec au moins un autre acteur de la compagnie dans le groupe. Puis chaque groupe présente sa création. Pour chaque improvisation, Fabienne mène un moment de « je propose je critique » très cadré, dynamique et efficace.
Je note bien sûr la marque de fabrique de Naje et de sa façon de travailler :
ce fameux mélange de professionnels et d’amateurs occasionnels, dans la création et le jeu. De fil en aiguille, de spectateur-visiteur me voilà devenu acteur dans deux scènes ! Une fois je joue un habitant en rage contre la police, alors que celle-ci intervient pour protéger une femme battue par son mari, (dans le groupe d’Emy) une autre fois au cours du filage du soir, je remplace un absent et joue un policier qui accueille très mal et fait attendre une femme victime d’un accident de la circulation.

Le spectacle. On joue en soirée devant une quarantaine de personnes : des jeunes, des associatifs, des « habitants » des policiers dont un qui avait participé à l’atelier le matin, mais n’avait pas voulu jouer en public ce soir. Avant de faire forum, la commanditaire tient à commencer par une discussion sur les scènes qu’on vient de voir. Le public en profite pour tranquillement énoncer de longs points de vue ou des certitudes, au lieu de venir sur scène. et se mouiller en s’affrontant aux personnages ! Discussion un peu longue de mon point de vue, et aggravée par la nécessité de faire circuler un micro.
Enfin vient le forum : actif, vivant, passionnant : plusieurs scènes, d’abord une vue du côté policier, puis une scène vue du côté habitant…
Un policier en tenue, passé le matin, me souligne en matière d’excuse, le déficit de communication avec les organisateurs : « On ne savait pas que la pièce serait composée d’histoires vécues ! Sinon… bien sûr on aurait participé beaucoup plus !».
Bien entendu, comme d’habitude je fais des photos et les donne à Naje. J’étais encore une fois ravi de retrouver la petite bande, d’être accueilli, de les voir jouer, et… d’avoir pu jouer moi aussi ! Le soir au cours du filage, j’avais même glissé des remarques à l’oreille de Fabienne qui en avait répercuté certaines au groupe, si bien qu’au moment de partir prendre le dernier train pour Lille, j’entends avec joie : « salut JF, à la prochaine, finalement tu fais partie de la bande, non ? »

Merci encore et bravo à Fabienne et son équipe.
JF Martel. 06 85 54 99 68 jf.martel@orange.fr (texte relu par Fabienne). Joindre Naje : compagnienaje92@gmail.com

Interview: groupe TO de Nantes: des militantes.

Voyage dans le Réseau : A Nantes.

Le 1er octobre 2019, en ce début début d’automne, j’ai rendez-vous en fin d’après-midi à Nantes, au bar le bien nommé le 13 et 3, avec trois personnes du groupe « TO de Nantes ».
Ce groupe existe depuis… 23 ans déjà.
Membre fondateur du réseau TO, elles n’ont pas encore participé à une des rencontres du réseau, mais Claudine et moi nous sommes croisés lors des grands évènements de Naje. Je dis « elles », en parlant de leur groupe, car oui, en fait, c’est un groupe de femmes, sans que cela soit une décision et encore moins une exclusion ! Des hommes ont participé, Me dira Claudine, la plus ancienne, mais ils n’y sont plus. Pourquoi ? Mystère. Mais… elles se souviennent de certaines réunions non mixtes, dont les hommes avaient eu du mal à accepter le bien fondé… Claudine, retraitée de Jeunesse et Sports, est militante d’ATD quart monde, a travaillé souvent avec Naje. Avec Camille, le trentaine(?) comédienne, intermittente du spectacle, et Anita, institutrice en RASED, elle m’explique que toutes sont « militantes » au groupe TO. Tous leurs revenus personnels viennent d’ailleurs. « Militantes » précisent-elles, plutôt que « bénévoles ». Leur groupe se réunit un jeudi soir sur deux, et un samedi matin par mois. Je calcule : ça ferait environ 16h par mois, ou 4h par semaine. « et un peu plus, quand on approche d’un spectacle ». Justement : quels théâtre-forums montent-elles ? Bientôt, justement un TF créé et joué avec le DAL (Droit au logement). Préparé par 2 ou 3 membres, le projet a nécesité des interviews, puis a donné lieu à des impros, des créations, menées par ces 2-3 personnes. C’est leur mode de focntionnement habituel. Avant cela, elles ont travaillé, mais en interne, sans spectacle final, avec la CNT (le syndicat anarchiste) sur l’oppression des femmes au sein même du syndicat. Passionnant ! Une autre fois, elles ont monté un théâtre forum monté avec la CGT de leur collectivité territoriale. « mais, les demandes des institutions, souvent des demandes de prévention (drogue, violence, ou sexisme) ça ne nous intéresse pas ! « On est LIBRES : aucune dépendance financière, nous choisissons nos partenaires et nos sujets, souvent en lien avec nos propres engagements ». « Si le groupe demandeur a un peu d’argent, celui-ci servira à rembourser nos frais, nos déplacements, et à se payer des stages de formation au TO ». (Elles font venir Fabienne de Naje de temps à autre) mais… personne du groupe n’est payé.

Leur local : « nous avons longtemps été dans un local militant, avec beaucoup d’autres groupes très activistes. Mais dès ce mois ci, après décision collective, (nous sommes 8 environ) nous déménageons pour nous installer dans le Centre Social d’un quartier populaire : Bellevue ».

Quand à l’animation du groupe, Claudine, la plus ancienne, n’est pas toujours la jokère des spectacles, ni l’animatrice des séances de création. Elles choisissent à chaque fois : qui en est capable et en a envie ? « Nous travaillons aussi sur notre propre fonctionnement associatif : récemment, nous avions réfléchi à notre association, en trois sous-groupes homogènes en ancienneté ! (et pas en âge). Ce fut fort bénéfique ».

Leur contact : Anita Coué anita.coue@orange.fr La description de leur groupe : sur notre site reseau-to.fr à l’onglet « les groupes du réseau ».

propos recueillis par JF Martel 06 85 54 99 68

TF anti sexiste pour enfants! de Marilableu, TOULOUSE

« Et si on rejouait l’histoire ? » pièce jouée par marilableu avisdepas.sage@gmail.com

OUF ! Ce samedi 7 décembre 2019, me voilà enfin place Reynerie à Toulouse !

J’ai quitté Lille avant la grève donc… mercredi 4 déc, car je voulais absolument y être. J’arrive avec deux des enfants du couple qui m’héberge à Toulouse, et nous sommes accueillis dès la sortie du métro par une femme qui me présente « la nuit des contes », pendant qu’une batucada joue sur la place de ce quartier populaire avant d’emmener les passants vers les spectacles. Nous voilà devant la porte (encore fermée) du lieu qui va accueillir le premier conte de la soirée : le spectacle de Marie Ramel, dite Marilableu, de la Compagnie La Passagère. Elle était venue se présenter lors de la dernière rencontre du réseau TO. Elle nous avait parlé de son « spectacle en solo » inspiré de la technique du théâtre forum… c’était bien intrigant ! D’où ma présence. Le format du spectacle est particulier ce soir : espace scénique réduit, jauge réduite (il y aura 25 adultes et 12 enfants assis devant) et… durée réduite ! (contrainte horaire car des spectacles suivront celui-ci).
Tout de suite, Marie, qui vient de surgir seule son castelet, occupe l’espace. Elle est habillée en orange, son personnage se prénomme Violette et elle enquête (loupe en accessoire) : « c’est quoi un garçon ? C’est quoi une fille » ? La salle répond, et elle dessine au sol, au fur et à mesure des réponses, un cercle où on voit « G », « F », « les deux », et « ni l’un ni l’autre » ! Un enfant propose même « transexuel » (ce qui mérite une flèche entre F ou G et G ou F ). Violette essaie de placer ses pieds (se contorsionne) dans les zones G, F… en fonction des goûts, habitudes que la salle propose.
Elle nous raconte ensuite qu’à la bibli elle a trouvé des livres roses « où les filles sont des princesses à longs cheveux blonds, yeux bleus, qui attendent… leur prince» et des livres bleus où les garçons sont des chevaliers, qui n’ont jamais peur, ne pleurent jamais quand ils souffrent, et vont aller délivrer les princesses !
La salle, questionnée, est bien d’accord que c’est pas toujours (et même pas souvent!) comme ça ! Violette demande s’il y a des livres « pas pourris » dans cette bibli ? Justement en voilà un, un livre « Rose bonbonne » qui raconte la vie des éléphantes : elles doivent avoir la peau lisse, et être roses, et pour cela elles sont enfermées dans un enclos où ne poussent que des pivoines (affreuses au goût) mais qui donnent ce rose et ce lisse.. Les garcons éléphants, eux, ont toute la savane pour jouer : rivière, forêt et boue pour se rouler dedans !Mais chez les filles, Pâquerette, malgré les indigestions de pivoines (beurk) ne devient pas rose..

STOP ! « va-t-on laisser Pâquerette dans cette situation, demande Violette ? NON ! Bien sûr, répond la salle. « Comment l’aider ? » les idées fusent depuis la salle, et Marie organise la distribution : qui va jouer un éléphant, cousin, frère… qui va jouer Pâquerette (tout fier, je vois que c’est la fille des amis qui me logent qui s’y colle) qui jiouera les autres éléphantes. Ensuite tout le monde se déguise grâce au contenu de la malle que Violette ouvre. Musique…
Impro : Marie donne quelques consignes efficaces pour que, certes, on s’agite, mais on entendent quand même et qu’on voit aussi ce que font les autres. Elle même joue l’éléphant patriarche, l’oppresseur principal ! La connivence avec les garçons, qu’elle propose dasn l’impro, semble tenter un moment même les garçons les plus défenseurs de Pâquerette ! Note : Marie jongle entre « je suis le patriarche quand j’ai les grandes oreilles » et je suis Violette (la jokère, donc) quand je les enlève. Et puis, question : les filles vont-elles réussir seules à ouvrir leur enclos ? Où… faut-il les « aider » ? Enfin, alors que Marie va proposer d’arrêter, le garçon le plus âgé propose de « faire subir au patriarche ce qu’il a fait subir à toutes » OK ! Tout le monde lui saute dessus pour l’enfermer dans l’enclos et le nourrir unqiuement d’horribles pivoines ! « comme ça, il verra ce qu’il a fait subir aux filles » !Applaudissements. Marie lit la fin du livre où, en effet, Pâquerette obtient des résultats.
Les deux enfants que j’ai amenés (10 et 12 ans) ont trouvé ça « trop super ! »
J’en discute dimanche fin de matinée avec Marilableu, dans un bistrot du marché de St Aubin.
– Mon interrogation : hier soir était-ce vraiment un théâtre forum ? Alors que la solution avait été très « magique » : TOUS les improvisateurs étaient OK pour défendre Pâquerette ! Les volontés et les peurs des personnages n’étaient donc pas respectés, (sauf pour le personnage que jouait Marie : l’éléphant patriarche) alors forcément, « ça avait marché » !

Certes, me dit, Marie, d’une part, c’est « inspiré du TF » et d’autre part « c’est exceptionnel, dû aux contraintes d’hier soi ». Souvent, elle prend les propositions de la salle une après l’autre, elle prend le temps de les faire improviser, une à la fois, mais avec leurs antagonistes ! Et surtout : le lendemain, après cette séance, Marie propose un atelier « classique » où les enfants racontent et mettent en scène leurs histoires vécues de relations « difficiles » entre garçons et filles.n Pour moi, ce spectacle, réjouissant, vif, dynamique, sert donc de prologue à une implication, et à des récits de vie qui débouchent sur des impros et des forums.
Super ! Suis ravi d’être venu (de si loin!)
Notes de JF jf.martel@orange.fr 06 85 54 99 68 relues par Marilableu bien sûr !

Voyage: Une technique introspective chez les « Ficelle et Cie »

Un atelier « forum et paroles » CHEZ LES « FICELLE »
Samedi : c’est le dernier jour de ma semaine dans le groupe, début décembre 2019
Une journée de techniques introspectives, animée par Bruno et Noémie.
Bruno, qui a suivi un de mes stages de formation à Lille à ces techniques, voilà quelques années, me reçoit chaleureusement, et me présente comme un « historique » du TO en France ! C’est très sympa de sa part d’accepter son ancien formateur parmi les participants, j’apprécie ces relations, où on peut être tour à tour formateur et participant.
On commence par « le samouraï » : En cercle, les personnes sont des samouraïs, armés de leur épée (imaginaire). Une première personne vise, en la regardant bien dans les yeux, une autre personne, en abattant son épée avec un son guerrier. La personne blessée se penche en arrière avec un autre cri et les deux personnes qui l’encadrent l’abattent en plantant leur épée dans son ventre avec un troisième cri. La victime relance sur une autre personne. Tous ces mouvements se font en trois temps, en gardant un rythme régulier. 1 : le samouraï abat. 2 : la personne visée s’effondre. 3 : les deux personnes sur le côté l’abattent, en même temps. 4. La victime relance. Les personnes qui se trompent de gestes ou qui réagissent avant ou après leur tour sont éliminées du cercle. Il s’agit d’un jeu dynamisant, ce qui peut être accentué en accélérant le rythme au fur et à mesure.
– Hypnose colombienne égalitaire : 
1ère phase : Le joueur met sa main à une distance d’une vingtaine de centimètres devant les yeux de son partenaire. Le partenaire, comme hypnotisé, suit la main dans tous ses déplacements. L’hypnotiseur fait une série de mouvements avec sa main, de haut en bas, à droite et à gauche, en avant et en arrière, la main verticale par rapport au sol, horizontale, en diagonale – l’hypnotisé doit faire toutes les contorsions possibles pour garder toujours la même distance.
2ème phase : Le joueur hypnotise deux partenaires en même temps avec ses deux mains.
3ème phase : Un joueur au centre hypnotise l’ensemble du groupe. Les participants indiquent en la touchant la partie du corps du partenaire par laquelle il sera hypnotisé. Les joueurs sont hypnotisés soit directement par une partie du corps du personnage central soit par une partie du corps d’un des joueurs déjà hypnotisé par le personnage central, (l’hypnotiseur principal)Le personnage central doit se déplacer très lentement.
Ce jeu permet de travailler l’attention et la bienveillance des uns aux autres.
– Hypnose colombienne inégalitaire :
A deux, un joueur met sa main devant le visage de son partenaire qui doit suivre le déplacement de la main. On inverse, celui qui hypnotisait devient l’hypnotisé. Dans ce premier temps, les deux se mettent dans la même situation physiquement et font cela avec douceur, attention et prise en compte des possibilités de l’autre.Dans un deuxième temps, celui qui hypnotise doit « opprimer » l’autre. En le mettant dans des positions inconfortables par exemple, en changeant de rythme… Puis, à un moment, l’hypnotisé va pouvoir résister à cette oppression et trouver des stratégies pour se défendre, tout en maintenant la relation, les règles du jeu.
– Compléter l’image, 3 par 3, avec les consignes «être opprimé, être oppresseur » ensuite, le jeu de l’hypnose, où l’autre est hypnotisé par ma main, avec la consigne « opprimé face à oppresseur, puis avec la consigne de « résister » !
Tout cela est très riche, je ne me lasse pas de ces jeux, que j’ai pourtant animés tant de fois.– – La bascule de pouvoir :
Les situations: « la queue » « rupture amoureuse » accrochage en voiture » « au guichet » « S.A.V. » La consigne: l’un écrase l’autre, l’autre accepte et s’excuse. Mais au « cling » on change, on inverse les rôles !
Moment d’échanges, parler, écouter, sur l’exercice vécu et sur la violence (thème de la journée) en cercle avec un bâton de parole, avec la brève description de 5 techniques introspective, en fiches, au milieu du cercle.
– West Sidé story avec la variante où c’est la personne qui « le sent » qui prend le leadership, pas forcément celle qui est au centre de son équipe. Intéressante manière de résoudre les déplacements : le renvoi en bout de ligne de celui qui vient de mener, et l’avancement des autres vers le centre, que je pratique habituellement : ici ce genre de chorégraphie (parfois un peu floue) n’est plus nécessaire, ces déplacements internes sont supprimés.

Ensuite, vient enfin la question : « avez-vous des situations à explorer ? »
Au début, les prises de parole, comme souvent, oublient le mot « je » les personnes disent « on ». Ainsi des phrases commencent comme ça : « parfois, ON se sent violent quand… », Je vois bien la tendance à l’œuvre, si courante, à parler « en général » plutôt que de donner un récit personnel, concret, circonstancié… Et puis… ça vient !

Une nouvelle technique : « les besoins cachés »
Mon histoire est choisie, je choisis la technique à utiliser. Je ne l’ai jamais vue !
Cette technique, inspirée par la CNV (communication non violente) est centrée sur les besoins non satisfaits, plutôt que sur la volonté. Derrière chaque ressenti négatif, il y aurait un besoin non satisfait »
D’abord, je cherche mes « passeurs », pour reprendre le terme utilisé par Fabienne et naje. Je trouve : APTG qui m’a encouragé à faire de la photo, Claude, et sa pédagogie Non Violente, AB et sa bienveillance quand je suis arrivé au TO.
Bruno : « Ces passeurs sont sculptés à l’aide de trois participants. Tu les as placés dans l’espace autour de toi, à l’endroit le plus révélateur de l’énergie qu’ils t’ont transmise. Les jokers t’ont proposé de leur trouver pour chacun quelques mots qui pouvaient résumer ce qu’ils t’ont apporté. Tu as pu vivre un petit moment au milieu de ces passeurs te répétant ces mots que tu leur as donnés ».
Ensuite, mon récit: c’est un récit du passé lointain, issu de ma carrière d’instituteur, qui est derrière moi, donc… à laquelle je ne changerai rien ! Mon impuissance énervée dans ma relation avec une élève précise : F. elle est effacée, mutique, sans initiative… Mais, c’est quand même actuel : ce travail pourrait me servir avec d’autres enfants, mes petits-enfants, ou d’autres, si je comprends un peu ce qui m’a bloqué et me bloque encore.
J’improvise l’histoire, avec des acteurs que je choisis. F. sera jouée par une femme, Do, avec qui j’ai travaillé ce matin et qui se trouve être (comme par hasard!) institutrice. F, comme d ‘autres élèves, vient me montrer son travail, pour obtenir des corrections, des suggestions, etc.… elle avance, le regard baissé, comme d’habitude, ses mains pendant, croisées en haut de ses cuisses, tenant son cahier. Elle est constamment doublée par d’autres enfants, qui posent rapidement un cahier sur mon bureau, sont volubiles, demandent un conseil et repartent vite. Parfois même, d’autres cahiers recouvrent celui de F sur mon bureau, tandis que je tente de croiser, capter son regard, en vain. Puis je dois quitter mon bureau, ce moment dédié aux corrections est terminé, je suis réclamé par un groupe de travail. F. n’aura pas eu de réponse… aux questions qu’elle n’a pas posées !.. C’est affreux ! Fin de l’impro.
Je sculpte ensuite 3 ressentis :
-mon envie de la secouer par les épaules
-lui vomir dessus avec une grimace
-la supplier à mains jointes
3 participants prennent les trois images des trois ressentis, et rejouent chacun leur tour la scène en étant uniquement ce ressenti avec cette image.
A la fin de chaque improvisation, les jokers me demandent de m’adresser au personnage qui jouait mon ressenti et de lui dire : « tu es mon besoin de… et je suis insatisfait quand…. »
Très important : ce besoin doit être exprimé comme un besoin universel éprouvé par tout humain·e.
Un besoin me marque profondément : (j’ai même oublié les autres !)
-j’ai besoin de rencontrer l’humanité de F. et je suis insatisfait quand je n’y arrive pas »
Bruno « Les jokers t’ont demandé quel était le besoin insatisfait qui semblait le plus pertinent à visiter ce jour-là. Puis ils t’ont proposé de retrouver tes passeurs pour que tu puisses imaginer que grâce à leur aide, tu avais pu trouver dans d’autres circonstances les ressources nécessaires pour satisfaire ce besoin universel. Et donc au milieu de tes passeurs, fort de cette « imagination », tu as été invité à rejouer la scène de départ avec les mêmes partenaires. Un des buts étant de vérifier par le théâtre si ce besoin non satisfait est bien le principal dans cette scène ».
Dans l’impro finale, j’ai fini par accéder aux feuilles de F. et corriger son travail ! Comment ? Do, qui joue F. a eu un grand soulagement, dit-elle, quand je me suis intéressé directement et activement à ses feuilles et… pas à elle ! J’ai ouvert ses feuilles, les ai regardées, sans que ni F. ni moi ne disent rien ! Sinon, elle aurait eu encore trop peur… Je crois même (j’en suis sûr) avoir croisé son regard après avoir corrigé son texte, avant qu’elle ne reparte…
Bilan en grand groupe, échanges…
Ce que j’en tire :
Je savais déjà, bien sûr, que F. avait peur de moi (et des autres). Mes tentatives pour entrer directement en relation étaient souvent vaines. En pédagogie Freinet, nous nous disons souvent « remettre l’enfant au centre » au centre de ses apprentissages, ses découvertes, etc… C’est un enfant, une personne, avant d’être un élève. Mais là, clairement, la relation ne pouvait qu’être médiatisée : ici, médiatisée par son cahier ! Il lui fallait que je regarde son cahier, pas elle ! D’autant qu’elle devait bien sentir que cette attitude introvertie n’était pas ce que j’espérais… Elle était donc jugée avant d’avoir montré quoi que ce soit. Il me fallait donc ici, faire un peu comme ces maitres traditionnels qui corrigent des cahiers HORS de la présence de l’enfant lui-même ! Moi qui croyais tant que c’est en lui montrant les erreurs, en la faisant les débusquer, que je pouvais l’aider à progresser… Sans doute, avec beaucoup cela fonctionnait ainsi. Mais F. avait besoin de beaucoup plus de distance… « Quoi ? Celle-ci ne m’aime donc pas » ? « avec tout ce que je fais pour cette classe ? » voilà ce que je devais me dire, en lui en voulant ! Et c’était le blocage.
Avec les enfants et d’autres, je sais que j’ai plus de mal avec ceux qui sont distants, qui ne « disent pas » ne se livrent pas beaucoup. Or, respecter la distance dont ils ont besoin, ce serait peut être prendre en compte leur travail, leur chant, leur découpage, leur dessin, leur puzzle, m’attacher à en dire des choses, éventuellement même à corriger, rectifier, mais en me centrant sur la production elle-même, pas tout de suite sur l’enfant ! Mais… c’est pour moi, une attitude « contre intuitive ».

Voilà, il m’a fallu atteindre 70 ans et cette journée de stage pour formaliser cela !
Merci. JF Martel jf.martrel@orange.fr (texte relu et complété par Bruno) ficelleetcompagnie@netcourrier.com

Voyage dans le réseau TO: forum avec des « designers »

Un voyage dans le réseau TO : Un atelier de « DESIGN FORUM »

Vendredi 18 septembre 2020, le voyage fut assez bref pour moi, car il s’agissait du théâtre forum créé par naje pour la MEL (Métropole Européenne de Lille) donc… dans ma ville ! Fabienne m’avait bien sûr fait inviter à ce qui était lié à l’évènement de l’automne : « Lille, capitale mondiale du design » Rien que ça ! Son commanditaire: SDS, un cabinet de designers bruxellois. www.strategicdesignscenarios.net J’étais intrigué ! Récit :

Deux jours de travail de Fabienne et Farida, avec un groupe de 10 personnes pour préparer ce spectacle. 5 « designers » et 5 « porteurs de projet » sur le thème « ville nourricière, alimentation durable ». Comme d’habitude : ils ont raconté, et elles ont mis en scène plusieurs petites pièces, sur lesquelles on a fait forum. Bien entendu, tout le monde est masqué (j’ai des photos de Fabienne en jokère masquée, super!).

Fabienne présente, puis fait venir tout le monde (tous masqués) sur le plateau, et dans une ambiance bon enfant, propose des jeux : guider son aveugle par le prénom, avec réciproque puis partage des ressentis. Très sympa.

Ensuite, elle nous propose de nous présenter. Quand une des actrices annonce : « chargée alimentation durable pour la métropole lilloise », je glisse « tu vas pouvoir nous parler de la ferme urbaine de St Sauveur ?? »  « euh…, non… »  Petit froid chez les organisateurs, je n’insiste pas.

La friche St Sauveur, en effet, immense, est une ancienne emprise SNCF-FRET en plein centre ville, qui fait l’objet de conflits depuis des années entre : d’une part les associations d’habitants, les environnementalistes, les mouvements de gauche et écolos, des groupes qui en occupent déjà une (petite) partie, et d’autre part la Ville de Lille, qui veut y créer un lieu prestigieux (notamment des immeubles de bureaux, une piscine olympique etc…)
Ambiance lors des dernières municipales !

LES 4 SCENES ET LE FORUM :

Très fluide. Une dizaine d’interventions, dont plusieurs d’un paysan venu du Pas-de-Calais, département voisin.

D’abord « pour se mettre en train » une série de scènes très brèves qui présentent des désaccords dans un couple : du genre aller aider ou pas la paysan de l’AMAP à récolter les carottes ce dimanche matin. Le public choisit d’intervenir sur celle-ci. « qui est d’accord avec lui » ? « qui est d’accord avec elle » ? Fabienne choisit de remplacer les deux acteurs simultanément, par deux personnes du public. J’interviens ensuite, à la place de la femme qui propose d’y aller dimanche. Face à moi, l’acteur est un des designer… un peu cabotin. Je monte sur scène, (les cheveux au vent comme d’habitude). Lui : « rappelle moi le nom de ton coiffeur » Fabienne se prépare à lui taper sur l’épaule pour le faire revenir dans le jeu et dans son personnage, mais je parviens plus ou moins à rattraper sa « sortie de jeu » en intégrant sa remarque dans notre couple : « change pas de sujet, mon chéri, il est pas question de mes cheveux, mais d’aller à la ferme » etc… Rires dans le public.
Une remarque sur les enjeux de la scène : les échanges d’opinion (dans ces couples ou dans la scène 4 autour des jardins partagés) ne semblaient pas avoir de conséquences concrètes qui opprimeraient quelqu’un, et contre lesquelles on pourrait lutter.

Ensuite une scène où un collectif aux multiples projets veut occuper un bâtiment déserté, bien dégradé déjà. Il est estimé à 2,8 millions d’euros. Evidemment, de rencontre en rencontres, ça traîne, et quelques années plus tard, encore bien plus abîmé, il va être acheté pour… 0,3 millions seulement, MAIS par une société d’HLM ! Forum.
Le collectif est reçu par l’administration qui répond systématiquement « montez donc un projet détaillé par écrit, on l’étudiera » (puis demande un autre projet, etc… ) Une intervention originale : le spectateur sur scène rétorque au directeur administratif : « vous voulez acheter ce bâtiment, OK, montez un contre projet détaillé, par écrit, sans tarder, et nous, on le lira avec intérêt » ! Rires et applaudissements !

Une remarque sur les personnages : les collectifs joués dans cette scène (et dans la scène suivante) comportaient 3 ou 4 personnes à peu prés identiques. Une seule personne parlait dans les modèles. Avec plus de temps de travail, on pourrait évidemment préciser des lignes et des compétences différentes pour chacun.

Autre scène : un paysan va perdre son fermage, les terres seraient reprises par le propriétaire (une grosse chaîne d’hypermarchés) pour y produire directement…. du « bio local à grande échelle ! Face à cela un collectif veut maintenir le paysan, l’aider à la conversion bio, et ajouter d’autres projets. Une intervention du paysan du Pas-de-Calais met l’accent sur les accords existants entre ce géant de la grande distribution et la « profession agricole»,  accords qui risquent de souffrir, vu que la « profession » s’oppose à l’expulsion de ce fermier… Une autre intervention veut interpeller les élus de la commune. Synthèse de Fabienne qui souligne le conflit de valeurs : défendre le paysan « conventionnel » mais qui fait partie du pays, et de l’autre côté promouvoir du « bio » adossé à une multinationale !

Une remarque sur l’oppression principale : Parfois elle était peu mise en évidence. J’ai regretté par exemple que le paysan expulsé disparaisse du modèle dès le début de l’histoire. Quels étaient ses rapports avec ce « collectif » ? L’acteur a eu, je pense, une bonne réaction spontanée, quand à la fin il a fait resurgir son personnage depuis les coulisses en criant « et moi ? Je deviens quoi » ? mais ça n’a pas eu de suite.

La dernière scène porte sur les jardins urbains partagés. Les jardiniers sont aux prises avec le scepticisme des passants, voire leur mépris. Dans une des interventions, uen spectatrice rétorque : « vous dîtes que c’est idiot de planter des poireaux sur les trottoirs, et vous ajoutez « pourquoi pas sur les rues pendant que vous y êtes ? » Moi je vous réponds : « Vous, vous le savez que les bagnoles c’est bientôt fini ? Alors on va en effet pouvoir récupérer une grande partie de la surface des rues pour les transformer en jardins » ! rires.

Fabienne clôt et organise un retour (chacun un mot) sur ce qu’on vient de vivre. Moi, Je pense qu’elles s’en sont bien sorti, et je leur dis mon bravo.

Mes remarques sur le projet lui -même

L’invitation reçue des organisateurs (à la demande de Fabienne) était alléchante : Atelier de Design Forum 

Le design dans la ville collaborative, mis en scène par des récits, des témoignages, des histoires (…) emprunte les formes (…) du théâtre forum (…) pour mieux raconter la valeur de ce design qui écoute les gens, collecte des témoignages, requestionne la demande, met les idées en récits, communique les solutions à travers des histoires (…) spectacle expérimental de Design Forum : plusieurs acteurs de la transition alimentaire partageront leurs récits sur l’agriculture urbaine et l’alimentation durable, exploreront les enjeux, les synergies mais aussi les divergences entre leurs projets et inviteront les spectateurs à « faire forum »(…) Votre présence en tant qu’acteur.trice partie prenante des questions d’agriculture urbaine et d’alimentation durable sur le territoire est très importante.

Pourtant, dès mon arrivée, une surprise… de taille :

dans la salle de 24 spectateurs, (covid oblige), je ne reconnais AUCUNE personne ! Je suis lillois depuis 20 ans, administrateur pendant plus de 10 ans de la MRES (Maison Régionale de l’Environnement et des Solidarités, qui est forte de 117 assos (dont TOP-Théâtre de l’Opprimé) et surtout de nombreuses assos environnementalistes… et je ne vois aucune personne des mouvements locaux ! Sur scène, outre les designers, sur les 5 « porteurs de projet » seul UN gars d’une asso para-municipale de jardins d’insertion, aucune autre personne du mouvement associatif local (aucune non plus dans la salle) les 4 autres sont des institutionnels de la Métropole.

Je tombe le lendemain sur 2 pages dans Télérama, sur Lille, les designers, le design, (qui en anglais semble être entendu au sens de « dessein » « projet » et pas d’objet dessiné ou de tableau)… Ces designers seraient là pour aider à ce que les élus et l’administration écoutent les « gens » et que ceux-ci développent des « projets » puis pour vérifier que ce qui est mis en place ensuite correspond aux projets énoncés !!! (à lire, ça semble très louable ! Mais ils ont pas inventé l’idée non plus…)

Je comprends les doutes de Fabienne, mais bravo quand même ! Je sais que vous avez travaillé bien tard la veille, au lieu de venir manger et dormir chez moi comme c’était prévu, et passé le reste de la nuit sur place dans des canapés… Quelle énergie ! Résultat :la séance se tenait tout à fait bien, (j’ai trouvé), malgré la commande et son contexte discutable. Bien sûr, vu le public et les participants, on peut avoir des doutes sur l’impact du TO sur l’agriculture urbaine et durable à Lille.

Quelques autres remarques sur le déroulement de la séance et les scènes.

En précisant que je n’aurais pas aimé être à la place de Fabienne ou de Farida dans ces conditions, entre ami.es du TO, je vous partage quelques remarques «techniques TO ».

En deux jours, il faut d’abord recueillir les récits ! Ensuite, c’est difficile de trouver le temps de faire émerger les enjeux, les volontés, se mettre d’accord sur l’oppression réellement vécue, sur nos buts, et s’entrainer à jouer les conséquences des propositions, et aussi approfondir les personnages ! (voir mes remarques amicales dans le corps du récit, ci-dessus).

Le jokage : Fabienne me semblait tranquille, son explication du forum était on ne peut plus brève (je crois qu’elle a battu des records de durée, là ! ) : « vous êtes plutôt d’accord avec qui ? Elle ? Lui ? Alors, venez le ou la remplacer, pour que ça se passe mieux ».

Sur le premier remplacement, où deux spectateurs sont venus remplacer simultanément : celui qui ne voulait pas aider à la récolte de carottes, et celle qui voulait y aller, il me semble (ce n’est que mon avis) que les faire venir l’un aprés l’autre aurait mieux permis de « monter une gamme » d’arguments ?

Jouer les conséquences des propositions : il est évident qu’en deux jours, les participants n’y étaient pas prés. Parfois je m’attendais à ce que ça « clashe » ou que le ton monte. Comment faire ? La jokère ne peut évidemment pas jouer à la place des acteurs oppresseurs. Je me dis aprés coup, que la présence sur scène de l’autre animatrice (ici Farida) pourrait parfois soutenir l’acteur oppresseur et l’aider à « monter » un peu ?

Amicalement, JF Martel le 12 octobre 2020. Ce texte a été soumis à Fabienne et Farida le 4 oct, pour échanges et accord de publication, comme le prévoit la charte de notre liste de discussion qui précise notamment « ne pas parler du travail d’une personne avant d’avoir, au minimum, échangé avec elle » Vos remarques et questions sont les bienvenues. Nous joindre : jf.martel@orange.fr, farida.aouissi@gmail.com, fabienne.brugel@orange.fr

Voyage dans le réseau : TO et santé (groupe L’attelage, Lorient)

GROUPE L’ATTELAGE (Lorient) : thème : LA SANTE
Entretien (par téléphone) réalisé par JF début janvier 21
Ce texte a été corrigé, complété et approuvé par Frédérique

Nos amis Frédérique et Cyprien travaillent beaucoup sur le thème de la Santé, avec des professionnels et avec des « habitants ».

J’étais intrigué par leurs interventions en APP (Analyse de la Pratique Professionnelle). J’ai demandé un RV téléphonique et Frédérique m’a parlé longuement de leur travail. Mes propres récits en échos, au cours de l’entretien, sont en italique. (JF)

Les APP, au centre de formation des étudiants.
Ce sont surtout des personnes de l’intervention sociale et médico-sociale, ils s’occupent aussi de placements familiaux, certains sont jeunes, en cursus classique, d’autres ont déjà une expérience professionnelle, parfois longue, dans le domaine.
Nous avons des groupes d’environ 10, quelquefois un peu moins, pendant 4 fois une journée. En général, on leur propose le premier jour, en théâtre image, de s’interroger sur ce qui est difficile au quotidien. On aborde en forum notamment les relations entre collègues, la posture du stagiaire sur le terrain, les positionnements éthiques avec les usagers, les limites du protocole imposé dans certaines situations. Ensuite : « pourquoi ils ont choisi de faire ce travail ? «  et d’exprimer les problèmes de relations avec leurs divers collègues…. Souvent, ils sont « en stage » dans une structure, donc, hiérarchiquement en dessous des autres, d’autant plus s’ils sont jeunes et avec peu d’expérience. Nous essayons d’aborder deux scènes, deux situations par jour. Pour chaque théâtre forum : au moins 35 minutes.

Nous utilisons beaucoup la technique du pilotage / copilotage
…car ils ont une grande envie, un grand besoin, de parler, parler et… d’être écouté·es. Alors que souvent nos techniques d’image réclament, justement, l’absence de mots ! Comment accueillir ce besoin ?

Nous pratiquons souvent la technique des « patates ». Ces patates sont des « ensembles » au sens mathématique du terme, des groupes qui se forment après discussion…. Cela nous sert notamment d’introduction au pilotage/copilotage. Bien utile lorsqu’on est en demie journée pour pouvoir amorcer la discussion dans le groupe, et, en tant que joker, avoir une vue d’ensemble des thématiques, problématiques du groupe.

J’avais rencontré moi aussi ce besoin très fort de parler, notamment en travaillant avec des aides à domicile. Ces femmes n’avaient bien entendu aucune supervision, aucun espace de parole collective, et chacune se retrouvait seule auprès d’une vieille personne, ou d’une famille, dans des situations où elle côtoie la détresse, la maladie, la tristesse. Alors, rencontrer des collègues dans une formation… Une aubaine !

On peut rapprocher cette technique d’un des prolongements du fameux «occuper l’espace ». Au début, c’st le côté « jeu » qui domine : marcher seul, en bouchant les trous qui se forment sur le plateau, et en l’équilibrant, puis au clap de l’animateur se grouper par 2, par 3 par… toujours en équilibrant le plateau, puis se grouper par critères visibles (tenure, couleurs, taille, âges) puis par critères invisibles : lieu de travail, de naissance, statut social, fonction, rapport au TO etc… Cela devient un exercice de connaissance, et si le joker demande de se regrouper par « opinions, problèmes au travail (ou ailleurs), oppression vécue » évidemment, on permet alors la parole dans le sous-groupe, avec des prolongements divers.

Nous parlons aussi d’un exercice proposé par Chen Alon, dans une série consacrée à « l’identité ». On est en cercle, et une personne du groupe qui vient au centre et lance « qui comme moi, pense, fait, vit, ceci cela? Venez me rejoindre ! » On les regarde au centre, puis ils retournent rapidement reprendre une place, mais il y a une place de moins que de participants, le dernier vient alors au centre et lance une autre identité, cela peut aller du « qui a, comme moi, 2 frères ? » à des choses très identitaires, comme « qui, comme moi, a peur qu’on me voit aller à la mosquée ?» Peuvent suivre des créations de groupes, des échanges, des récits, des impros.

Revenons au pilotage/co-pilotage

Avec une dizaine de participant·es, nous arrivons à la présentation d’un récit par chacun·e. Le groupe en sélectionne deux que l’on montera avec eux et que l’on jouera ensuite en forum.
De mon côté, je pratique pilotage/copilotage surtout pour obtenir des images différentes, créées simultanément l’une par le pilote, l’autre par le co-pilote, du « moment crucial » de l’oppression racontée, et travailler ces images avec le reste du grand groupe.

Le contenu

Bien sûr, ils abordent leurs rapports aux collègues, mais aussi leur posture : notamment le désir de ne pas avoir une position surplombante dans les familles. Ils racontent par exemple, « on est dans une famille pour un sujet précis, et parfois on voit toute autre chose ! … On en fait quoi » ? Une fois, un participant a monté un TF où, allant dans une famille avant un placement d’enfant, il est témoin de violence sur animal de compagnie. « est-ce hors sujet ? Que faire ? »

 EDUCATION POPULAIRE ET SANTE.

L’attelage travaille avec un centre de santé, dans un quartier dit prioritaire.
La demande est originale : les 4 infirmiers ou médecins du centre, grâce à une subvention de la ville, commandent à L’attelage une intervention de 2 jours. Intervention pas avec eux, mais avec des « habitants » des potentiels « patients » pour participer à un diagnostic sur le rapport des habitants avec le corps médical !
Ce sera début mars, il est prévu d’y avoir une dizaine d’habitants. On fera forum au sein de l’atelier à partir des histoires du groupe, pas de représentation publique prévue.

Ce type de travail semble tout à fait passionnant, et nous évoquons les nombreuses scènes de TF rencontrées dans les ateliers TO, qui mettent en cause l’attitude, le pouvoir des soignants, les humiliations chez le gynéco, etc…

Je reste curieux de savoir comment et par qui va être constitué ce groupe d’habitants !

Sur THEATRE DE L’OPPRIME et SANTE, voir aussi:
– le TO de Cherbourg qui forme des infirmIer•es et des médecins en santé mentale,
– les TF sur les addictions (Naje, TOP, Ficelle…)
– la formation des professionnels hospitaliers de la néo natalité (TOP !)
– les chantiers de Naje et leurs scènes sur les hôpitaux.
– … (complétez!)
Les remarques, questions, récits sont les bienvenus, ci-dessous !

JF Martel jf.martel@orange.fr 06 85 54 99 68

Frédérique et Cyprien lattelage.tf@gmail.com