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Et Toc ! Forum sexisme… (juste avant confinement)

Théâtre Forum « LA MAIN AUX FESSES» groupe Et Toc ! toctoctoc@riseup.net 1ère du BARATHON, NOTRE TOURNEE DANS LES BARS.….DERNIER THEATRE FORUM AVANT CONFINEMENT ! jf.martel@orange.fr

SOMMAIRE:
PAGES 1 et 2 : présentation, préparation et modèle joué.
PAGE 3: résumé du forum et…. l’ambiance !
PAGES 4,5,6 : discussion sur le forum:
le jokage, les images, les interventions, les thèmes d’oppression, les auto remplacements, un homme remplace une femme, l’opprimée vient sur scène…
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        Me voilà ce samedi 14 mars 2020 vers 13h, dans la salle d’attente de la petite gare d’Eymoutiers. Anecdote sur notre admirable service public: je suis à une heure de Limoges où je n’avais eu que 3 mn pour changer de train… juste juste ! Mais l’adorable contrôleur du train précédent avait demandé par téléphone à un de ses collègues de Limoges de m’accompagner, de porter ma valise, et de retarder le départ de ma correspondance d’une mn ou deux !… Nostalgie de l’époque où pouvait toujours « s’arranger avec le contrôleur ».
Chloë m’y retrouve avec sa petite Aïda, 4 ans ½ qui, comme ma petite fille Ariane, a la langue bien pendue ! Mais les consignes actuelles sont de ne pas s’approcher des enfants, redoutables porteurs sains, zélés propagateurs du virus. Chloë m’invite à manger chez elle, nous sommes rejoints par Marion et Marco. Gestes barrières, ni bises bien sûr, ni mains serrées ! Nous partons ensuite retrouver le reste de l’équipe sur le plateau des 1000 vaches.
Royère de Vassivière, bar l’atelier: « Ce soir, je limite à 90 personnes » dit le barman à Manou, notre jokère. Ce sont les consignes en application jusque là. Ambiance très sympa dans ce bar sans télé, ni musique assourdissante, avec des tracts ici et là, un magasin de fringues et produits locaux, des salles à l’étage pour les associations du coin, une petite scène avec lumières, ( 20 cm de haut, 4m sur 4m) utilisée souvent pour des orchestres.
Toute l’équipe se colle tranquillement à l’installation de tentures, la préparation du fond, du décor, des projos, tout est spontané.

ORIGINES DE LA SCENE ET DU GROUPE :
Ils se sont formés au cours d’un stage animé par Aude, voilà moins de deux ans, sont venus à la 12ème rencontre du Réseau TO. Marco et Marion ont suivi un stage « techniques introspectives » de Naje, le groupe a aussi travaillé avec Noémie et Annabelle (Ficelle), Briag a vu le TF de Marilableu à Toulouse, d’autres celui sur le SIDA de Naje : Ils sont tous passionnés !
La scène actuelle vient de ce premier stage. Elle a donc survécu au stage, et a déjà été jouée et retravaillée. Le projet actuel : une tournée dans les bars, le BARATHON.
Tou.te.s sont bénévoles, dont deux intermittents. La veille au soir en réunion, ils ont encore constaté la difficulté de trouver des dates communes entre eux… D’ailleurs dans la distribution (jokère + 5 comédien.nes + 1 TK) il y a 2 comédiennes à remplacer aujourd’hui.

PREPARATION AU JOKAGE:
Manou me demande de la soutenir si besoin, depuis la salle.
Je sais que nos amis de Cherbourg, Jean-Pierre et Serge, pratiquent systématiquement le duo « joker de scène, joker de salle ». j’ai même vu Serge le faire plus ou moins dans un TF que je jokais : concrètement, dans le public il parlait à ses voisins, les incitait, se déplaçait, aidait à préciser les envies d’intervention, ré-expliquait pourquoi ne pas remplacer l’oppresseur … A TOP, nous avons d’autre part parfois joké à deux, depuis la scène: un joker en formation, à côté d’un joker expérimenté, qui reprend la parole si nécessaire. Certes il m’arrive, comme peut le faire n’importe quel spectateur, de compléter la synthèse du joker d’un mot ou deux… Mais guère plus !
Une actrice m’avait même demandé au téléphone d’ « être joker adjoint dans le public » Oh là là ! Concrètement Manou souhaite simplement pouvoir m’interpeller si elle se sent débordée par des échanges sauvages depuis la salle. Je lui dis qu’elle n’aura probablement pas besoin de moi, mais que si ça arrivait je pourrais simplement dire : «euh… je crois que nous devrions tous arrêter de parler et plutôt aller faire en montant sur scène ! » Surtout, je dirais nous et pas vous. « OK » !

« ET SI CERTAINS DANS LA SALLE, PRENNENT LE PARTI DU L’OPPRESSEUR » ?.
Ce midi c’était la question, pas venue par hasard : l’histoire mise en scène vient précisément du bar où ils vont jouer ! La serveuse qui a apporté l’histoire sera elle-même dans la salle, et… peut-être quelques machos seront-ils là, eux aussi ?
Du coup, je raconte ce qui est certes facile à dire, mais moins facile à faire, dans le cas d’un remplacement oppresseur : « que les actrices arrivent à jouer, montrer sur scène, la souffrance provoquée par l’intervention et ses conséquences ». Il me revient une intervention de Myriam, du groupe TO LGBT de Rennes : face à l’intervention d’un spectateur qui minimisait une injure homophobe, Myriam avait montré son ressenti, crié de douleur et s’était roulée au sol, en larmes. Devant le désarroi du spectateur oppresseur, elle lui avait juste répondu : « je connais quelqu’un qui a voulu se suicider, après ça ». On pourrait appeler ça « la somatisation » de l’oppression.

ECHAUFFEMENT DE L’EQUIPE
Nous montons dans une des salles, Manou anime. Tout le monde, concentré et disponible, s’amuse. Personne n’imagine regarder son tél portable !
Le samouraï est une variante du jeu de Boal : « l’épée de bois parisienne ». Un personne face au groupe avec une grande épée imaginaire, coupe les têtes, ou les pieds, ou coupe en deux le reste du groupe, qui est en ligne face à lui, s’ils n’évitent pas la lame ! On se remplace.
La marmelade : (euh ???) Finalement, je me souviens avoir vu Fatima (Naje) animer ce jeu au cours d’une rencontre du Réseau : Tous en cercle, une personne au centre, celle-ci désigne du doigt quelqu’un, en disant, par exemple « marmelade ! » la personne doit gigoter comme une marmelade, et ses deux voisins doivent immédiatement faire l’image de la marmite à marmelade… « Lapin ! », le désigné fait dents et des pattes de lapin, les voisins doivent faire les oreilles, « avion ! », etc… On propose aussi des mots nouveaux, mais attention : les premiers gestes créés doivent ensuite rester les mêmes quand on les répète.
Occuper l’espace (espace que Manou rétricit progressivement, car on n’aura que 4x4m)
Marchez et une phrase du texte doit surgir, puis une autre, mais par une seule personne à la fois…» Cela me rappelle, avec des différences, la répétition dite « ping pong » de Boal : tout le monde circule, la jokère dit le nom d’un acteur, celui-ci commence à dire son texte là où il veut, ses partenaires lui donnent alors la réplique, la jokère lance un autre nom d’acteur : même chose, et les premiers continuent tant qu’ils peuvent, etc…
Puis sur l’estrade : deux filages que Manou stoppe souvent, pour régler une image ou une scène.

LE SPECTACLE 
La jokère explique le forum, puis propose un échauffement idéologique. Mais d’abord, pour briser la glace, « dites à vos voisins ce que vous avez mangé ce midi ». Ensuite, elle pose des questions sur les violences faites aux femmes : si tu penses OUI tu te lèves, tu penses NON tu t’assois. Elle propose beaucoup de poucentages de victimes, de témoins. Manou tient son cahier aide-mémoire à la main et se justifie simplement : « j’ai peur d’en oublier ! » La sincérité de son ton fait passer le côté formel du cahier. Elle termine par des brèves infos sur Boal, le TO, et le forum. Pour « STOP » ou « GO » Manou utilise deux petits disques épais, en métal, reliés par un fil, pour faire « kling » (D’autres jokers « clapent » dans leurs mains).

LE MODELE
L’histoire est simple, avec une mise en scénario que je trouve très claire, un texte minimal.
Scène 1 : Soirée au bar, on danse, deux hommes rentrent un peu bourrés, l’un regarde ostensiblement les fesses des filles, et finit par mettre la main aux fesses de la serveuse… Elle se retourne, se fige, réagit. Le copain du gars l’entraîne plus loin, on danse. Les autres consommateurs ne réagissent pas.
Scène 2 : Le lendemain, l’opprimée est au bar, un couple s’installe, le gars commande pour deux sans demander son avis à la femme. Le harceleur d’hier soir entre avec un panier en osier, plein de cadeaux pour la serveuse, « ce sont mes excuses ». Celle-ci remet rageusement les cadeaux dans le panier, en disant « bon, c’est pas grave », met le panier sous le bar, et s’avance face public. En image : « pourquoi j’ai dit « c’est pas grave » ?
FIN DU MODELE.

LE FORUM
Manou : « La situation jouée est réelle, vécue. Je suis votre jokère. Nous avons l’opportunité de penser, de tester, d’expérimenter ce qu’on aurait voulu faire, ou même ce qu’on ne ferait jamais dans la réalité, au théâtre… on peut ! Pour cela : soit venir sur scène, soit penser depuis sa chaise »
On rejoue la scène 1, et… kling ! Manou demande :
« Vous avez vu quoi » ? « De l’indifférence » ! « Qui est opprimée » ? « Caro, la serveuse ».
«Caro, OK, on est donc d’accord. On peut aussi remplacer les autres personnages qui auraient pu aider. Vous me faites signe, je stoppe l’image avec mon kling, et vous venez sur scène. On ne remplace pas l’oppresseur, ce serait magique. Si vous voulez jouer la violence :faites-le au ralenti » ! Manou fait une démonstration avec l’acteur le plus grand, qu’elle pousse lentement et qui… valdingue quand même. Tout le monde rit. On y va ! 6 personnes du public interviendront, certaines 2 fois.
10 interventions au total, notamment :
-2 auto-remplacements où l’opprimée joue ce qui lui est demandé par la salle.
-4 premières interventions qui sont le fait… d’hommes ! Manou le fait remarquer.
-Des interventions sur l’alcoolisation plutôt que le sexisme.
-Une intervention contre l’homme qui décide de la consommation de sa compagne.
-Des interventions pour décider ensemble des règles de respect et les faire appliquer.
-2 interventions de la femme à l’origine de la scène, elle-même serveuse dans ce lieu.

Bravo quand les acteurs ont eu l’occasion d’improviser ! Marco : une bise « volée » au lieu d’une main aux fesses, Briag ingénu face à sa compagne remplacée, Eric qui milite pour le respect, etc…

Nous parlons de tout cela ensemble le lendemain matin, (PAGE SUIVANTE) mais d’abord:

QUELQUES MOTS SUR L’AMBIANCE
Après le spectacle, je suis invité à manger avec toute l’équipe, dans ce bar-resto. Très sympa. Et puis… les smartphones s’allument et l’info circule : « dès mardi commerces et bars fermés, tout le monde confiné » ! Alors, est-ce pour cela que la soirée se prolonge bien tard, notamment en terrasse pour pouvoir fumer, par 1degré sous zéro ? Un peu comme… « une dernière fois ».
Briag me conduit, avec un autre copain, en voiture dans le hameau d’Anne. Nous pouvons même y choisir notre hébergement ! Le copain opte pour la roulotte en forêt avec un poêle à bois… à allumer en arrivant ! (brrr…) Moi, pour un matelas dans la maison des parents de Mara, une des femmes de Et Toc ! La maison, récente, a été dessinée et largement construite par JF,de l’équipe lui aussi. Beaucoup de bois clair, bien isolée, magnifique toilettes sèches d’intérieur, mais… pas de café dans les placards ! Anne me rassure : « Si t’en veux avant que j’arrive, tu vas simplement chez les voisins !» Le lendemain, je vois qu’ici aucune des portes n’est fermée à clé…
Souvenirs, souvenirs… c’est ce que je faisais dans mon école de village, il y a… 45 ans. Quand Anne arrive, nous marchons vers le petit déjeuner. Un arrêt pour nourrir des chats dans un grand hangar fermé par des cloisons rudimentaires, avec des cuisinières, de la vaisselle, et beaucoup de bric à brac ! Comme d’autres maisons du hameau, il appartient à « l’association ». La maison en pierres d’Anne est en cours d’aménagement, alors nous entrons en face « Salut, on vient déjeuner ! » « bonjour ! » Soubiane fait sa gym avant d’aller s’occuper de ses chèvres. Le copain de la roulotte nous rejoint. Les cafetières italiennes fument, le pain complet grillé au beurre salé est super, 2 enfants d’une dizaine d’années, peu vêtus, arrivent (du jardin ?) direction « le grenier ! ». Je les plaisante d’un « Hé, l’école fermée c’est pas trop triste ? ». Réponse : « Moi, j’y vais pas de toutes façons, j’apprends chez moi » !
Je sors au soleil. Ce hameau dans la forêt est au bout d’une petite route qui s’y termine. Je repense au film « l’an zéro1 » de Gébé, (1973). Le sous-titre était : « on arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste ! ». Dans le film, on ne travaillait plus, on se retrouvait. Dans les rues sans aucune voiture, des brouettes recevaient les clés que tout le monde jetait par les fenêtres ! Tous ricanaient devant les « musées des horreurs » : les inutiles et hideux magasins de luminaires, de souvenirs etc… Et on se câlinait en groupes rieurs ! Mais en mars 2020, c’est pas le moment, hein ?
Note :Allez voir le site que vient de lancer François Ruffin  www.an01.org.

DISCUSSION SUR LE SPECTACLE.
Dimanche matin, brunch-debriefing. Manou, Briag, Anne et moi, nous nous installons dans la grande maison. Ils ont apporté des crèpes et un tas d’autres choses à manger.

LE TRAVAIL DE LA JOKERE
Comme je le pensais, Manou n’a pas eu de besoin de moi. Les spectateurs n’ont pas (trop) parlé au lieu de venir jouer. Et ceci, malgré une de ses questions que j’avais trouvée risquée : « qu’avez-vous vu ? » Mais cela n’avait heureusement pas déclenché un torrent de descriptions de… ce que justement tout le monde avait évidemment déjà vu !
J’ai noté une chose qui, je pense, peut affaiblir la jokère (et le cadre) : les acteurs eux-mêmes qui parfois, parlaient directement à la salle. Je m’explique :
La jokère est dans ce que Boal appelait « la metaxis » elle est la seule à être dans deux mondes, c’est-à-dire à la fois dans le monde qui est joué sur scène, (elle peut donc parler aux personnages, comme le fait le spec-acteur qui vient sur scène) mais elle est aussi dans le monde présent de la salle de spectacle, et parle donc à la salle. Mais si les acteurs parlent au public, ils quittent leurs personnages, et prennent un peu le rôle de joker et donc l’affaiblissent. De plus l’espace théâtral est brisé.

Note: Il en va différemment si un personnage (et pas l’acteur !) parle à la salle, parfois alors que le kling ou le clap du joker a retenti. Certains acteurs de TO le font, mais à mon avis c’est à manier prudemment, et en accord avec le joker.

LES IMAGES certaines sont fortes, très fortes.
Mais les acteurs disent la difficulté qu’ils ont à les « tenir » pendant le modèle.
Il y en a certaines que j’aimerais voir durer un peu plus, quitte à devoir répéter le mot qui les accompagne (comme le mot « obsédé » qui est un synonyme de « pervers en 6 lettres » de celui qui fait des mots croisés au bar)…. Ou le « deux cafés svp !» de l’homme qui commande pour sa compagne sans la consulter, et surtout : les deux « c’est pas grave » de l’opprimée.
Les acteurs disent aussi que c’est difficile de tenir l’image après le kling de la jokère.
Pourtant je pense que c’est utile, c’est juste un entraînement nécessaire. Imaginons : Manou veut insister, montrer une image au public, elle fait donc un STOP (pardon un kling) mais… que peut-elle faire, si derrière elle, l’image s’efface ?
Cette technique d’image arrêtée, nous en parlons aussi à propos d’une des premières interventions, où un spec-acteur avait viré manu militari le gars bourré. S’en était suivie une petite mêlée assez confuse. Un « stop sur image », si l’image est tenue, peut alors aider. Si les spec-acteurs ont déjà vu les acteurs stopper et tenir l’image, ils accepteront eux aussi de le faire.

A PROPOS DES PERSONNAGES
– Le gars harceleur était accompagné d’un ami. Après la main aux fesses, cet ami le détourne de sa victime en l’emmenant danser. Il s’agissait d’un changement de distribution. Jusque là, l’oppresseur arrivait accompagné d’une femme, mais l’actrice n’était pas disponible hier.
Discussion : Est-ce que ça change quelque chose ?.. A noter en tout cas que personne n’est venu sur scène hier soir tenter quelque chose face à ce personnage.
– Les indifférents : une femme continue à danser, un gars fait ses mots croisés au bar. La salle crie « il faudrait qu’ils réagissent ». La jokère annonce qu’on peut les remplacer.
Nous discutons : dans le réseau TO certains jokers préfèrent en faire des alliés potentiels « neutres » à remplacer. D’autres favorisent que ces alliés potentiels soient eux-mêmes interpellés par la spec-actrice qui remplace l’opprimée. Je suggère que s’ils avaient une petite volonté visible, même très petite, même du genre « pensée à voix haute », on pourrait plus légitimement les remplacer « en accord avec leur volonté ».

LES REMPLACEMENTS, ET LES OPPRESSIONS PRESENTES DANS LE SCENARIO

LE NON CONSENTEMENT :
Outre la main aux fesses et ses suites (dont le panier-excuses) le public a bien repéré le gars qui commande (des boissons) pour deux, sans consulter sa compagne (rires pendant le modèle). Un remplacement sur scène a provoqué une intéressante discussion où le gars répondait « mais, moi je sais bien ce que tu aimes ! Je sais que tu aimes ça, non ?  » etc… Manou avait alors très justement fait remarquer à la salle que ce dialogue pouvait se transposer… à propos des relations sexuelles !
Je pense à la scène sur le SIDA de Naje, qui fait le parallèle entre « moto sans casque » et « pénétration sans préservatif» scène où tous les termes étaient ambigus. Je soumets donc cette idée : modifier un peu le texte du modèle pour accentuer l’ambiguité, et peut-être essayer une fois de mettre cette scène sur le consentement, AVANT la scène de la main aux fesses ?

L’ALCOOL :
Les premières interventions ont consisté à ne pas laisser entrer le gars bourré, ou à ne pas le servir ! (ce qui est d’ailleurs la loi en France). Mais… l’équipe souligne qu’elle voulait parler de sexisme et pas précisément d’alcoolisme. L’alcool était d’autant plus présent dans cette séance, que DEUX gars rentraient (et pas un homme et une femme) et que les deux hommes étaient bourrés.
Idée : Et si on tentait une fois une variation ? Une « main aux fesses » sans que l’oppresseur soit sous alcool ? Après tout, l’alcoolisme n’est pas le seul moteur de l’agression sexiste !

LES REMPLACEMENTS DE L’OPPRIMEE PAR UN HOMME :
Le sujet est controversé, et les attitudes des jokers diffèrent d’un groupe TO à l’autre. Certains demandent à l’homme qui veut remplacer l’opprimée « joues-tu en tant qu’homme ou joues-tu une femme ? ». D’autres l’interdisent. Il me semble que l’important est de s’interroger : dans quelle mesure peut-on venir jouer sur scène une personne dont on ne partage pas la condition ?
Manou a fait remarquer à la salle que les premières interventions avaient été le fait d’hommes. La remarque est utile, car implicitement, certains pourraient se dire que la solution serait queles hommes viennent « libérer » les femmes opprimées?
Exemple de remplacement : la serveuse opprimée est remplacée par un homme barbu, en pull et jeans… « kling » Main aux fesses et réaction. Délicat pour l’oppresseur de lui dire « t’as vu quelle tenue provocante tu portes ? » Il faudrait à tous un sacré effort d’imagination pour y croire !
Je pense qu’au théâtre, ce qui compte c’est ce que voit le spectateur, et pas ce qu’on voudrait qu’il voit. Je me rappelle un théâtre forum où quelqu’un était agressé sur un quai de métro. La victime était jouée par un acteur à la peau noire, les agresseurs par des acteurs à la peau blanche. Moi, depuis la salle, j’y avais vu une scène de racisme. La jokère avait insisté: « ne tenez pas compte des couleurs de peau, c’est un hasard ». Mais elle ne pouvait rien à ce que je voyais !

DEUX ACTEURS S’AUTO-REMPLACENT :
Le public : « il faudrait d’abord se mettre d’accord, dans ce bar, sur les règles de respect à énoncer et à faire appliquer ». Personne ne venant sur scène, la jokère demande aux acteurs de jouer cet accord préalable. Il n’y a pas d’opposant, et voilà le gars aux mots croisés, jusque là indifférent, en discussion avec l’opprimée. C’est passionnant, et il argumente très clairement pour plus de respect, etc… L’accord est donc joué et aboutit avec succès… mais il est joué entre acteurs, sans l’intervention d’un spectateur sur scène.
Remarquons que dans ce cas, c’est aux acteurs qu’incombe, avec les conseils reçus et leur savoir faire d’acteur, d’arriver ou pas à une solution. Le public donne des conseils, mais ne s’entraîne plus à lutter.
Je repense à l’étape qui a précédé la naissance du théâtre forum. Boal et son équipe jouaient alors dans des villages, puis Boal demandait au public «que devrait faire l’opprimée ?» L’audience donnait des conseils de comportement, que l’actrice essayait alors de jouer. Et vint l’anecdote fondatrice du théâtre forum : ce jour là, le public n’était jamais satisfait de ce que l’actrice tentait, et une dame conspuait l’actrice : « ah si c’était moi, on verrait ça ! » si bien que Boal, tout à coup, la prit au mot et l’invita à jouer l’épouse sur scène ! (cf le début du livre de Naje https://www.reseau-to.fr/site/?p=2128) 
Hier soir, au contraire, un accord (c’était la consigne donnée aux acteurs) avait bien été joué entre les consommateurs et la serveuse, et la solution, affichée, avait été approuvée par la salle. Le problème était-il résolu pour autant ? N’était-ce pas un peu « magique » ?
Il Restait à chercher comment obtenir cet accord entre consommateurs et personnel. Cela pouvait d’ailleurs faire l’objet d’une question à la salle « voilà notre image idéale, comment l’atteindre » ? (Ou même, devenir un forum à part entière).

LES REMPLACEMENTS PAR L’OPPRIMEE ELLE-MEME :
Pas par l’actrice, mais par la femme à qui c’était réellement arrivé. Elle est venue deux fois sur scène.
-Une fois elle a juste affiché au mur, avec un grand aplomb, un tableau avec les règles de respect.
-L’autre fois, elle a hurlé STOOOP ! dès que la main l’a touchée, elle a même dit éteindre la musique sur laquelle tous dansaient… Stupeur… et gros applaudissements spontanés.
Mais Anne nous raconte qu’après le spectacle, plusieurs personnes lui ont dit « …OK, super, mais moi, je n’oserais jamais faire ça » !
Nous discutons : avec une opprimée sûre d’elle, d’où semble émaner une grande autorité, ne laissons pas les autres se renvoyer à leur propre faiblesse et même se dire « c’est ma faute, je ne me suis pas défendue ». Mais que faire ? On se dit que l’important serait de questionner : et la salle et la spec-actrice « pensez vous que ce serait possible ? L’avez-vous déjà tenté ? Le feriez-vous dans la réalité ? » Mais ans oublier que le forum est là aussi pour qu’on puisse tenter ce qu’on n’oserait pas, ou qu’on pense qu’on ne pourrait pas faire dans la vie.
C’est d’autant plus vrai, que cette femme n’avait justement pas su quoi faire quand ça lui était réellement arrivé… d’où ce forum !
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Voilà. On se fait des bises de loin. Briag me ramène à la gare, au pied du plateau des 1000 vaches. Les autres rangent. Je suis vraiment ravi d’être venu. Merci à toutes et tous de votre accueil, c’était sympa et chaleureux ! Les trains sont quasi vides, les « distances sociales » sont respectées, j’arrive chez moi un peu avant minuit, le confinement ne commence officiellement que dans 36 heures…
Corrigé après relectures de Manou, Léa, et d’autres de Et Toc ! Le 31/03/2020
J’écris donc après deux semaines de confinement, avec l’impression d’une décennie depuis ce 14 mars ! Amicalement JF Martel jf.martel@orange.fr

 
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25 ans de Théâtre de l’opprimé avec Jana Sanskriti (Inde)

Par JF Martel.

J’ai écrit ce texte à la demande des amis sociologues Sophie et Clément, qui ont suivi les premières réunions de notre réseau, pour une publication à venir dans la revue « THAETRE. J’y raconte, chapitre par chapitre, le premier stage TO en Inde (1991) leurs différentes venues en France, nos échanges de stages et de compétences, leur pratique du forum dans des villages indiens, leur travail en interne pour leurs formations (notamment aux techniques introspectives) . 12 pages en pdf. Vos remarques et questions sont les bienvenues !

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rencontre 13, partie 2: techniques d’IMAGES, JOKER, jeux, ex, chant.

13ème rencontre du Réseau TO 9,10,11 nov 2019. Partie 2 :
technique d’image, entrainement au jokage, jeux, exercices, chant.

ENTRAINEMENT AU FORUM AVEC UNE IMAGE PROJETEE par Nicole et JF

Nous avons déjà travaillé les Images projetées, dans une précédente rencontre.

Ces images, mal nommées selon JF, devraient plutôt s’appeler « images à projections » car il s’agit de proposer des images à un groupe, pour que chacun puisse y projeter les situations et les oppressions qu’il connait.

Pour mémoire, les Images Projetées (IP) les plus connues:

-La marche à 4 et celui (ou celle) qui voulait danser,

-l’image « suisse » deux personnes assises côte à côte montrent du doigt une personne au sol à côté d’une chaise renversée

-« c’est trop tard » où, sur 3 chasse alignées, 3 personnes répondent à tour de rôle « c’est trop tard » à une personne qui court les voir successivement.

-les obstacles qui grandissent.

– l’invasion du territoire: 4 chaises alignées, un femme assise un bout, un homme vient s’asseoir… juste à côté d’elle

Nicole nous avait aussi montré : « main droite, pas main gauche »

Naje utilise souvent: « la femme battue »

Bastien nous avait montré « la poignée de main ».

PROPOSITION: utiliser une Image Projetée en remplaçant l’oppresseur,
pour s’entraîner au forum,

pour aider l’opprimé à mettre en scène sa proposition

avant d’en jouer les conséquences.

Scène muette. (j’ai gardé les noms des acteurs) Récit:

Fatima accompagne Thaïs, la confie à Fabienne qui l’emmène à un parcours d’obstacles. Elle l’invite à faire pareil qu’elle : enjamber une chaise qui est au sol, puis grimper sur une chaise, en sauter, applaudissements. depuis le début, Stéphane, en retrait, observe et prend des notes. Le troisième obstacle est infranchissable: deux (ou 3) chaises empilées l’une sur l’autre. Mais cette fois Fabienne jette un coup d’oeil à Stéphane, serre la main de Thaïs, lui montre l’obstacle, mais la laisse seule.

On va commencer par remplacer l’opprimée. Mais qui est-ce ? Pour des élèves, c’est souvent Thaïs, pour des travailleurs sociaux ou des formateurs, c’est parfois Fabienne…

On peut aussi utiliser cette image dans sa version de base: avec seulement un opprimé (Thaïs) et un oppresseur (Fabienne) puis ajouter (ou pas) Stéphane qui observe, ajouter (ou pas) Fatima qui accompagne.

Quelques interventions comme opprimée :

-proposer à Fabienne de monter aussi sur la chaise.

-Solliciter Fatima qui vient en soutien, au risque que Fabienne la mette à la porte.

-Modifier l’obstacle infranchissable,

-Détruire l’obstacle pour passer,
-Passer sous l’obstacle plutôt que par dessus !

Nous avons toutes ces propositions en remplacement de Thaïs comme opprimée.

On remplacer maintenant l’oppresseur pour mettre en scène les propositions, ddes spec-acteurs, et développer l’ascèse et le loch ness de l’oppresseur.

On demande à celle ou celui qui a joué l’opprimée de rester en scène avec sa proposition, on s’entraîne face à lui, comme si c’était un spec-acteur.

Les idées pour trouver des moyens d’oppression ne nous manquent pas ! La question reste de savoir lesquelles favorisent l’expérimentation du spec-acteur:

ON ESSAIE DONC, L’UN.E APRES L’AUTRE (et on en discute à chaque fois)

-Infantiliser l’opprimée (comportement fréquent dans les oppressions).

-Evincer Fatima (soutien possible) isoler l’opprimée, diviser pour mieux régner.

-Faire au contraire de Fatima un soutien pesant, dont il va être ensuite difficile de s’émanciper.

-A la place de Fabienne comme oppresseure principale, avoir l’air d’aller très mal, puis …accuser l’opprimée de l’avoir fait craquer. On n’ose plus contrer l’oppresseur de peur de le briser ! Résultat: il n’y a plus d’épreuve… mais quel en était l’enjeu ?

-Décrédibiliser l’opprimée dès le premier obstacle, lui faire perdre toute confiance

-Se moquer de l’opprimée qui a certes passé tous les obstacles, mais qui a une tenue « ridicule », et surtout qui « manque de grâce »… »pour une femme « ! (sexisme)

-Faire en sorte que l’opprimée ne comprenne pas pourquoi «sa performance ne vaut rien » ne pas valider, mais sans rien justifier.

-Humilier aussi Fabienne en rendant son rôle inutile.

-Refuser Thaïs dès le début, en lui enlevant les lacets de ses chaussures » non conformes »

A quoi ça nous fait penser ? :

A une épreuve (artistique, examen, pôle emploi…), un jugement, ou une démarche administrative (titre de séjour par exemple).

-On peut aussi voir Fabienne comme opprimée, Thaïs comme victime, et Stéphane comme oppresseur dans un milieu de travail social : les travailleurs sociaux essaient d’aider les gens, et sont face à la hiérarchie et à des urgences qui mettent la pression.

-Au lycée, obliger des jeunes à choisir leur orientation en fonction des bassins d’emploi et ne pas leur laisser le choix,

-En milieu médicosocial refus de prendre en compte le handicap.

En général, avec un groupe, on utilise d’abord l’image muette, comme aujourd’hui, puis on accueille une (puis des) projection(s) dans un milieu précis et là, la parole est autorisée, et les acteurs s’adaptent à la situation qui concerne le groupe.

notes de Camille ou Anne, revues par JF.

REFLEXION SUR LE OU LA JOKE.R. E par Aude + intervention de JF

Bien sûr, cetr apprentissage ne peut se passer de l’expérimentation, de la pratique !

Quelques notions qui nous semblent importantes :

Comme joker-jokère, quelques besoins :

– Combattre le sentiment d’impuissance du joker, (faut-il être très savant?)

– Avoir des outils pour savoir rebondir et faire les synthèses.

-…./….

-…/….

Propositions pour faire nos synthèses (après chaque intervention, et plus globalement)

– Savoir quels éléments « d’analyse statistique » sont utiles (le public, les intervenants: hommes / femmes / enfants)

– Quels éléments esthétiques prendre en compte ? (les images parfois fixées, gelées, l’occupation de l’espace, les déplacements, les positionnements des personnages)

– Quels éléments thématiques ? (quels types de stratégies sont utilisés, quels arguments, quelles actions)

– Quels processus à l’oeuvre au cours de la séance: les dernières propositions se nourrissent-elles des premières? Qu’est-ce qui se répète, est nouveau ?

– A quel aspect particulier du modèle, de l’oppression, le public s’est-il attaqué ?

Les 3 regards principaux du joker

– S’occuper de son public, rester toujours en relation avec la salle.

– Prendre soin de la personne qui intervient (avant, pendant, après)

– et enfin: son équipe, on s’en occupe surtout avant et après le spectacle, mais…ne pas l’oublier pendant, faire confiance, ne pas brusquer.

Une technique: « STOP, arrêt sur image » peut permettre au joker de questionner la salle. De laisser voir une situation particulière. La salle est capable d’intelligence collective.

La posture plus encore que la technique :

– Comment rester sympa avec le public, quand il y a des propositions oppressives ?

= être clair sur où et à qui va notre solidarité. Mais: si le ou la jokère juge elle-même, elle a alors une position « surplombante » : il vaut mieux que les personnages, quelquefois l’opprimé.e, se confrontent, eux, à la personne qui intervient.

– Ne pas oublier de questionner la salle.

– Que peut faire le joker pour aider son équipe à montrer les conséquences d’une proposition ? Y compris les propositions violentes ?

= proposer différentes TK d’images, proposer des « sauts dans le temps » ou dans l’espace.

Aide mémoire de Aude (positif) qui s’adresse au joker :
BUSSAV
= Bienveillance / Unité / Sérénité / Sourire / Accompagner / Vocabulaire.


Aide mémoire de JF (choses à éviter)
pour le joker et surtout les acteurs : BRIMES = Bétonner, Rond (tourner en rond), Invasion (de la scène, par monologue, aisance corporelle…) Magie, (changer la volonté du personnage, ou en faire un zorro) Ecole (faire un cours au spectateur) S comme

Aude propose un exercice d’entraînement,

« que ferais-tu, comme joker.e si tu entendais cela » ?

Celles et ceux qui ont une idée, comme joker.e, viennent en ligne sur scène, et très rapidement chacun.e « balance » sa réponse, ou son attitude.

Intérêt: cela va très vite, on laisse les idées spontanées surgir (ici,c’est sans risque !)

Limite: certains jokers ont besoin de l’opprimé.e sur scène pour répondre (elle n’y est pas dans cet exercice).

D’autres exercices existent, et certains groupes du Réseau TO mènent des stages « joker » de 2 à 5 jours.

Résumé par jf d’après souvenirs et notes prises par Aude ou Camille

JEUX EXERCICES, CHANT.

1) Le voyage imaginaire
2) les questions (ou réponses?) différées
3) le massage du boulanger
4) le mur

5) chant « l’âge d’or »


LE VOYAGE IMAGINAIRE
Proposé en nov 19, au cours de la 13 ème rencontre du Réseau TO, par Nicole Charpail : missgriffassociation@hotmail.com

La base du jeu : Par 2, une personne voit, l’autre a les yeux fermés. Toute parole est interdite.
1/ La personne qui voit imagine un lieu qu’elle veut visiter et une aventure éventuellement associée (exemple : aller sur mars poursuivi par les flics).
2/ Elle va y emmener son partenaire aveugle en essayant de lui communiquer tout ce qui arrive (par le toucher, les bruits, des actions, des émotions, la manipulation d’objets, Etc.) – (Rien n’est interdit sauf la parole verbale). Pendant 10 mn au moins à travers l’espace.
3/ À un moment donné du jeu, le joker doit indiquer que le voyage va devoir bientôt se terminer, les couples sont invités à se poser quelque part en fin de leur voyage. Chacun pourra alors raconter à l’autre ce qu’il a vécu, il y aura donc deux récits (c’est mieux de commencer par le récit de l’aveugle).
Note : Relativement à cette base, on insistera sur le fait que l’aveugle est seulement aveugle mais pas dépourvu de liberté d’agir, proposer, refuser.

La variante qui a été ici proposée :

Les deux partenaires (et non pas seulement le voyant) décident chacun du voyage qu’ils veulent faire avant de partir « ensemble ». Ils ne communiquent pas, donc a priori chacun sera « dans son monde » bien qu’avec l’autre pour vivre ce voyage.

(On peut rajouter des consignes supplémentaires et variantes, suivant les groupes, les raisons de faire le jeu, la sensibilité des personnes, leur état de confiance, leur expérience du jeu théâtral, Etc. Par exemple insister sur l’invention aussi de personnages (ici je serai un enfant, ou un prof, un parent, une personne handicapée, ou un guide de haute montagne, un travailleur social, …), l’invention de volontés précises (je veux ceci et cela, j’attends ceci et cela de l’autre).

On peut aussi travailler sur des thèmes précis relationnels, voire des oppressions relationnelles, mais cela avec un groupe aguerri et en parfaite confiance.)

4/ Retour de tout le groupe. L’intérêt du jeu est évidemment qu’on s’y trouve ici « Personne », « Acteur » et « Personnage » en même temps. En toute fin de jeu, les retours de tout le groupe sont donc très importants. Sur les plans qu’on choisira d’aborder.

– Jouer AVEC l’autre. Négocier, composer, proposer, accepter, refuser, avoir sa place ou pas, Etc.

– Imaginer, se prendre au jeu (plus facile en aveugle ou en voyant ?).

– Mettre en scène, initier, lâcher prise, (plus facile en aveugle ou en voyant ?).

– Se responsabiliser, de quoi, par rapport à quoi…Etc…

texte de Nicole missgriffassociation@hotmail.com

JEU DES REPONSES DIFFEREES 

proposé par Mariemarilableu@protonmail.com

On forme des cercles de 3 à 5 personnes. 

Niveau 1de difficulté : La personne A se met au centre du groupe, se tourne face à la personne B. B lui pose une question simple. A ne répond pas. Mais se tourne vers la personne C. C lui pose une question simple, A (au centre) répond, mais à la question de B ! (en restant face à C). puis A se tourne vers la personne D qui lui pose une question, elle répond à la question de C etc…
Niveau 2 : les questions ne sont plus simples, mais…deviennent déroutantes !
Niveau 3 : les réponses se font maintenant avec un intervalle de 2 personnes :
A se met au centre du groupe, se tourne face à une personne B. 
B pose une question, A ne répond pas. A se tourne vers C qui lui pose une question, A ne répond pas, mais se tourne vers D, qui pose une question, et A répond à B. E pose une question, A répond à C.etc…
Petit échange: c’est stimulant et source de quiproquos et de rires !
Mais c’est aussi un entraînement pour le forum: apprendre se souvenir de ce qui s’est dit juste avant, apprendre à différer les réponses si c’est utile.
Texte de Marie, marilableu@protonmail.com  revu par JF

Le Mur: Jeu de coopération/ Cohésion de groupe

proposé par Léa (Et Toc) leagenet@gmail.com

Installation: 2 tapis de gym ; mis bout à bout dans la longueur, maintenus droits par deux (3 ?) personnes. 

Tout le groupe commence d’un coté, et un tapis de réception est placé de l’autre côté.

But du jeu:  Les membres du groupe doivent s’entraider pour que chacun passe de l’autre coté du mur.

Consigne: distribuer des rôles d’handicapés: non-voyant/ cul-de-jatte/ manchot,

il peut aussi y avoir une personne dont le rôle est de ne pas avoir envie de passer de l’autre côté.

Si possible, ne pas ajouter de contrainte de temps car le groupe doit prendre le temps de s’organiser.

Important: A la fin, débriffer sur les ressentis de chacun et la communication.

Veiller à la sécurité de chaque participant.
valoriser le fait d’avoir réussi, et si ce n’est pas le cas, recommencer une autre fois !

Texte de Léa, relu JF

UNE CHANSON 

L’âge d’or de Léo Ferré.(dispo sur Youtube).


Chantée à la fin du week-end par Jacqueline. contact@theatrepotimarron.com

Nous aurons du pain doré comme les filles dans le soleil d’or


Nous aurons du vin de celui qui pétille même quand il dort


Nous aurons du sang dedans nos veines blanches


Et le plus souvent lundi sera dimanche


Mais notre âge alors sera l’âge d’or

Nous aurons des lits creusés comme des filles dans le sable fin


Nous aurons des fruits les mêmes qu’on grappille dans le champ voisin

Nous aurons bien sûr dans nos maisons bohèmes


Tous les becs d’azur qui là-haut se promènent


Mais notre âge alors, sera l’âge d’or

Nous aurons la mer à côté de l’étoile, les jours de grand vent


Nous aurons l’hiver avec une cigale dans tes cheveux blancs


Nous aurons l’amour dedans tous nos problèmes


Et tous les discours finiront par je t’aime


Vienne, vienne alors, vienne l’âge d’or !

Et on se quitte ! En tout, 30 personnes ont participé à cette rencontre. JF

rencontre N°13 de nov 19 Partie 1: nouvelles, idées, échanges, décisions.

3ème RENCONTRE DU RESEAU TO, 9,10,11 nov 2019 partie 1

nouvelles des 15 groupes présents, discussions sur le Site et la Liste, DECISIONS, et idées diverses, ECHANGES : faire du TO avec des travailleurs sociaux et des précaires.

A) Présentations des 15 groupes TO présents

1) Groupe Le Reuz. (Bretagne) Héléna ; lereuz.morlaix@gmail.com

Nous étions cinq dans notre association, aujourd’hui nous sommes quatre. Nous avions mis nos activités au Reuz en sommeil au profit de notre investissement au Planning Familial. Nous revenons vers le Reuz notamment pour du théâtre de l’opprimé.e sur les questions de parentalités. Avec ce point de vigilance: comment avec des groupes d’adultes éviter « d’entrainer l’oppresseur » (en considérant la domination adulte sur les enfants)…

notes de Camille, relues par Héléna.


2) Miss Griff (région parisienne) Nicole, missgriffassociation@hotmail.com

Surtout des actions militantes pour le moment.

– Atelier TO en partenariat avec PARIS D’EXIL (jeunes mineurs étrangers) ouvert cependant à toutes personnes.

– Journée prévue auprès des réfugiés avec papier qui font un Service Civique : journée d’atelier TO « à quoi ça leur sert pour l’avenir ».

– Stages TO en formation pro (3 ou 4 interventions dans l’année) :  mais peu de monde. La lourdeur administrative amenée par la réforme de la formation et le fait qu’il va maintenant falloir payer les boites d’évaluation, vont sans doute me faire arrêter la formation professionnelle. Je continuerai avec ateliers et stages, si possible évidemment.

Mon réseau partenarial est fragile et constitué surtout de structures sans argent (mon activité dépend donc de subventions).

Epuisée de ne faire que de l’administration, du contact et de la recherche de sous, je pense que je ne peux plus travailler seule, je crains donc pour Miss Griff en termes d’une activité professionnelle rémunérable.

Notes de Camille, relues par Nicole.


3) Groupe Le Potimarron (Strasbourg)Jacqueline, jean Mi,contact@theatrepotimarron.com

L’atelier hebdomadaire : 3 heures tous les mardis soir dans un café culturel, structure coopérative créée par des amis et dont nous sommes partie prenante Les personnes qui viennent à l’atelier sont dans l’ensemble engagées socialement (travailleuse sociale CGT ; avocate aux prud’hommes pour la GCT, prof d’histoire militant FSU et au « Collectif justice et libertés lutte contre l’extrème droite », etc… Nous sommes une dizaine, et avons déjà produit 3 théâtre forums à partir des histoires du groupe.

. ..dont le spectacle sur le GCO, en solidarité avec le collectif « GCO Non Merci » Grand Contournement Urbain, un tronçon d’autoroute, couloir à camions qui va détruire 300 hectares des meilleures terres d’Europe…

Nous venons de terminer la tournée de «L’humain d’abord » qui a fait le tour des centres sociaux culturels des quartiers populaires de l’agglomération. Des scènes de discriminations : culture-origine – apparence ; – travail de seniors-migrants…

Nous venons de mettre en chantier la 4ème création :
-La politique migratoire, en coopération avec la CIMADE
– le burn out d’un travailleur social
– le cotoiement des terres d’un agriculteur bio et d’un agriculteur utilisant des pesticides, en coopération avec La Confédération Paysanne
 – le nucléaire, avec un chercheur physicien engagé dans le combat antinucléaire…

Nos ateliers spectacles en collège et lycée

-Un TF crée par les collégiens lors de la semaine de lutte contre le harcèlement.

-2 spectacles en lycée professionnel, créés avec les histoires vécues par les jeunes : violences familiales, une femme portant foulard interdite d’accès à un bus, la diversité de réactions par rapport à une femme SDF.

Un projet Théâtre-forum « éco-citoyens » à Erstein, petite agglomération bas-rhinoise, avec un lycée agricole pratiquant la permaculture et d’autres alternatives dans un jardin expérimental, plusieurs associations, le Conseil Général du bas Rhin.

Un autre atelier-spectacle de TF : composé d’adultes, (femmes et hommes), des adolescents et enfants engagés dans un projet de jardinage solidaire. Le théâtre-forum, en amont de ce projet, veut mettre en jeu et en débat le récit des richesses et des freins, racontés et improvisés par les participant.e.s. Avec aussi la création de poèmes qui ponctueront la succession des scènes de forum. Spectacle le 30/11

A partir de janvier, atelier avec des réfugiées/és à Thal-Marmoutiers, avec des migrants de camps liés au HCR et l’association France horizon. Ce projet fait suite à une marche dans le nord de l’Alsace, après la profanation de cimetières juifs et la présence de croix gammées sur les murs des mairies qui accueillent des migrants. Texte complété par Jacqueline.


4) Ficelle (Clermont Ferrand) Noémie, Annabelle, Anne. ficelleetcompagnie@netcourrier.com

Nous alllons fêter nos 10 ans d’existence ! Beaucoup d’évolutions depuis, la troupe continue de travailler avec des bénévoles, deux permanentes (nous deux) et des intermittents.

Cette année, créations de spectacles sur les inégalité hommes/femmes joués 2 fois dont une dans l’espace public (une 1ère pour l’équipe actuelle!) et un spectacle sur le thème de l’isolement social.

Nous attendons des réponses à différents appels à projet pour travailler sur :

– la parentalité avec une maison de quartier et les habitants

– le genre avec des femmes des différents quartiers de la ville de clermont

– le racisme

Un spectacle sur le handicap au travail joué une première fois pour la ville de Clermont va pouvoir être rejoué à Aurillac.
Des séances d’analyse de la pratique professionnelle avec différentes équipes (de structures médico-sociales, sociales, sanitaires) à venir dans l’année 2019/20 et des ateliers de TF avec des jeunes.

Concernant l’équipe 
Ficelle a toujours la volonté de rester ouverte aux personnes qui veulent découvrir, se tester, essayer, mettre un pied, une jambe ou entrer en immersion complète dans le théâtre forum, tout en favorisant une démarche coopérative.
Texte complété par Annabelle Vaux

5) groupe du TO de Brest Brigitte. mibrigit@numericable.fr

formé dans les années 80 à l’initiative du MFPF (Planning Familial) le groupe s’est étoffé dans les années 90 suite à une demande de la Mission Locale de Brest. Les sujets traités étaient beaucoup autour des relations filles/garçons et femmes/hommes.

Nous avons toujours été un groupe de bénévoles, issu.e.s du Planning mais nos thématiques ont évolué en fonction des demandes. En ce moment, du fait de l’implication de Brigitte auprès des Jeunes Migrants Isolés (garçons d’Afrique de l’ouest) exclus des dispositifs d’aide ou dans l’attente de reconnaissance de leur minorité, nous animons un atelier théâtre pendant les vacances scolaires. C’est parfois difficile de faire du forum mais ils ont grand besoin d’exprimer ce qu’ils vivent : attente d’aller à l’école, attente de réponses de la part du Procureur ou du Juge des enfants sur leur minorité, attente de réponses à leurs besoins (médecin, vêtements, carte de bus, etc.). Et puis c’est difficile pour eux de venir régulièrement, et à l’heure… Quand ils sont là, ils sont très présents, mais on ne sait jamais si une représentation sera possible ! Donc nous prévenons le public au dernier moment et ce sont plutôt des personnes déjà convaincues. Nous avons mené en octobre 2019 notre 4ème atelier, et autant de représentations publiques.

En janvier 2020, nous intervenons à la Maison d’Arrêt de Brest, avec la Ligue de l’Enseignement.

Texte complété par Brigitte.

6) NAJE avec Fabienne et Fatima. compagnienaje@gmail.com

Asso créée il y a 22 ans. 8 comédiens intermittents qui ne vivent que du TO. : fonctionnement avec avantages et inconvénients. Beaucoup de spectacles au répertoire, peu de subventions publiques (juste pour un seul projet), donc surtout de la vente.

Formation professionnelle :  analyse de la pratique avec outil TF sur site dans des services, et stages de la Cie ouverts à tous. 

Ateliers un peu partout avec  budgets en baisse depuis 2008, du temps en moins, des partenariats moins solides.

Chantiers de 2019 : Atelier racisme structurel et racisme blanc : comprendre comment on peut être des alliés quand on est blanc / comprendre comment fonctionne le racisme structurel. Plus chantier Best Off en partenariat avec le Secours catholique du 13eme arrondissement. 

Axe qui se développe : Le travail sur les problèmes des personnes vieillissantes : autonomie, EHPAD, personnel des établissements, vision sociale du vieillissement etc.

texte revu par Fabienne.

7) T’OP ! (Lille) Stéphane et JF toptheatredelopprime@gmail.com

15 ans d’existence, faisant suite aux 20 ans d’existence du groupe En Vie-TO.

Grosses difficultés financières, avec la baisse ou la suppression des fonds publics, mais aussi la crise du sens de notre travail : la mobilisation des groupes est très, très, difficle et se ressent du fait que les partenaires sociaux semblent moins proches de leurs publics. Des problèmes en interne aussi : est-il possible de passer d’un projet porté par une personne, à un projet collectif ? Bien sûr, des enjeux de pouvoir existent également. Enfin, la masse de travail administratif épuise la coordinatrice, alors que notre salariée « au bureau » est partie. Nous sommes actuellement trois comédiens-jokers formés, à être actifs. Nous envisageons l’arrêt de la compagnie en 2020.

Actualités : Le groupe autogéré « brisons le silence »(dit : des femmes de Douai) que nous avons créé et accompagné pendat 10 ans, sur les violences conjugales, va jouer avec Marion comme jokère le 3 décembre.

Nous avons aussi des projets avec des jeunes aux « Bois Blancs » (quartier de Lille de Stéphane et Marion) , avec bien sûr, des difficultés de mobilisation.

Notes de Camille, relecture de JF

8) Une idée dans la tête : Chérine. contact@uneideedanslatete.fr

Valentina avait prévu de venir, elle succède à Chérine, mais est clouée au lit.

?Notre public principal : les jeunes en service civique, qui font 2 jours de formation (via DDCS, formation subventionnée).

UIDT : c’est 2 salariées avec un CA de potes qui vient en réunion tous les 2 mois.

Des ateliers sur des sujets dont la pensée dominante est écrasante : utilisation de nombreux outils dont le TF.

Un spectacle créé pour la ville de Nanterre sur l’isolement des personnes n’ayant pas grandi avec internet. Naje nous a permis de profiter des compétences de Fatima. Merci le réseau !

Un atelier sur l’émancipation des femmes (subventionné mais nommé autrement)

Notes de Camille, relecture de JF

9) Les Fées Rosses (Grenoble) contact@lesfeesrosses.org
Camille et Géraldine (directrice artistique)

Nous nous nommons « Théâtre déclencheur» Du TO, du théâtre de rue, de la poésie forum, du street forum…. Depuis 10 ans, nous travaillons avec des professionnels et des amateurs. Nous avons maintenant une administratrice mutualisée avec d’autres Cies. Ouf ! Notre nouvelle création : « le grand mystère », philosophique, écologique, aborde la place de l’humain sur terre.
Nous essayons d’entrer dans le réseau culturel, dans des théâtres.

Nos théâtre-forums « les désaccordés », « gens d’ici et d’en face »

Une performance : « harcèle moi », une comédienne déguisée en homme propose aux femmes dans la rue de se faire harceler et d’essayer de se défendre.

Nous Intervenons aussi en collèges et lycées.

Notes de Camille, relecture de JF

10) Si les sardines avaient des ailes silasada@lilo.org Aude et Thaïs

Troupe de TF et de clown acteur social.

Jeune compagnie, pas encore énormément d’activités, pas de site, pas de communication ! Et toutes et tous aussi sur d’autres projets. Nous voulons avoir des mineurs dans l’association.

Nous avons accueilli au printemps pendant 8 semaines une équipe du Burkina-Faso, avec comme objectif former ces personnes, les professionnaliser, pour qu’elles fassent des petits au Burkina. Nous avons créé et joué un spectacle sur la migration avec eux. Des personnes du réseau (Ficelle, JF, Anjela…) l’ont vu. 5 Burkinabè sont venus en France, mais… 3 seulement en sont repartis !

Nous menons aussi des ateliers avec des lycéens et des profs (à St Brieuc).

Nous sommes invités à Dakar le 5 décembre sur la question de la radicalisation.

Nortes de Camille, relecture de JF

11) Allternative Théâtre (Liège) . Mathilde. alternative-theatre@live.be

Un atelier avec des migrants primo arrivant et des belges. (cf voyage dans le réseau : à Liège)

un théâtre législatif en projet avec des ados sur le bien être en institution.

Un TF professionnel sur «les cultes » en projet, avec une asso bruxelloise. D’abord, la visite de 3 lieux de cultes différents, puis un travail de TF avec des jeunes dans 11 classes différentes.

« femmes au delà des frontières (avec femmes migrantes) en projet, non financé.

Notes de Camille, revues par JF

12)- La Troupuscule, Drôme chiceline.jansen@gmail.com.

4 personnes : Anne, Cécile, Salomé et…(« X » désolée), sont venues participer aux rencontres et au réseau TO. Elles veulement partager et faire découvrir les créations de chacun(e)s, connaître les actualités et les actions des groupes. Elles ont suivi une formation au théâtre de rue, menée par Aude (du groupe Les Sardines), ont fait déjà du Théâtre Invisible devant une médiathèque, elles ont un atelier tous les 15 jours, 2 ou 3 personnes animent une séance, avec la volonté de ne pas avoir de leader, que tous puissent animer, se tester. Elles sont en « fiançailles pour un futur mariage » selon leurs termes, avec l’Envol (compagnie de clown de la Drôme, menée par MF Duflot, notre amie de NAJE) pour être plus visibles, pour plus de structuration, et joindre 2 cultures.
Notes de Camiille, relecture de JF

13) Et Toc :(Creuse et Corrèze) Briag, Léa, et… ? toctoctoc@riseup.net

Jeune groupe ! Nous sommes toutes et tous bénévoles. Nous intervenons en collège : consentement et sexisme ordinaire, harcèlement scolaire. Nous avons aussi une scène sur la charge mentale domestique des femmes. Nous avons organisé un stage clown.(mené par Aude, des Sardines) En projet : une tournée dans les bars en mars, mois de l’égalité, avec une scène sur le sexisme ordinaire.

Notes de Camille, relecture de JF

14) Marilableu Cie Folie Passagères (Toulouse) 06 79 80 33 02

venue pour la première fois à nos rencotres, aprés 10 ans de pratique professionnelle en TO, Marie travaille actuellement avec la Cie La Passante : théâtre de rue. Elle intervient en collège sur le thème de l’égalité filles-garçons dans le cadre du PLC (Parcours Laïque et Citoyen). Avec flash code + site internet (http://bit.ly/La passante) Marilableu remonte la Cie Folies Passagères (compagnie co-créé il y a 10 ans et laissée à l’abandon).

Elle vient de créer un : Spectacle de TF en solo ! facebook : Et si on rejouait l’histoire?

Principe : incarnation d’une enfant, Violette, qui se pose des tas de questions sur les questions de genre (identité, stéréotypes etc.)

Violette a trouvé des livres roses pour les filles avec des princesses qui attendent leur chevalier, et des livres bleus pour les garçons avec des chevaliers qui n’ont pas le droit d’avoir peur ni de pleurer. Elle n’est pas d’accord. Alors elle pose des questions au public et montre les autres livres conseillés par la bibliothécaire. Albums jeunesses choisis en fonction des réponses et des questionnements du public. Puis elle propose au public de plonger dans le livre choisi, de venir sur scène incarner les personnages de l’histoire. Marilableu incarne Violette, fait le joker et, grâce à un accessoire, se transforme en oppresseur principal. Quand plusieurs stratégies ont été trouvées, Violette raconte la fin du livre mis en corrélation avec les solutions proposées. A partir de 5 ans… tout public.

Prochaine date : samedi 7 décembre à Toulouse en ouverture de La Nuit des Contes, 17h au local de Reynerie Service, métro Reynerie.

Pour les prochaines versions de ce spectacle-canevas , Marilableu a envie de travailler sur le racisme puis handicap VS validisme. Pour ses autres projets de TO, elle est en recherche de comédiens, particulièrement masculins.

Revu Par Marie, relecture de JF.


15) Soufiane, actuellement à Paris, qui a travaillé au Maroc soufiane.guerraoui@gmail.com

D’abord, la situation du TO au Maroc :2 grosses compagnies (mais d’autres existent bien entendu, comme Issill à Rabat ou Ilyada à Ouled Teima près d’Agadir).

1) Le TO de Casablanca, très actif, travaille dans la rue. Il est basé dans un quartier populaire, –

– Leur recherche s’articule autour du personne du Hlaïqi, emprunté à la culture marocaine : le combiner avec celui du joker. Une sorte de mélange entre bonimenteur et joker : que les passants restent et s’impliquent, tout en faisant du théâtre.

Tous les mois, la compagnie, pour démocratiser la discipline et se développer, fait venir comédiens, improvisateurs etc…

Travail sur racisme et inclusion, femmes, transmission valeurs parents/enfants…

-Utilisation d’éléments basiques en matière de décors / scéno qui se transforment dans la saynète.
Projet : la création de la Fédération de Théâtre Social Africain pour favoriser les échanges

Lien : https://www.youtube.com/watch?v=m8ht07Dp_Wg

 2) Le théâtre aquarium à Rabat, dans un quartier pauvre et populaire.

Ils sont déjà venus à Grenoble. Leurs scènes sont très abouties avec costumes, mise en scène. Ils abordent un sujet par mois, en partenariat avec une association, sur un sujet social : handicap, santé reproductive, racisme… Ils utilisent ces spectacles pour informer, donner des connaissances.

3) Soufiane Guerraoui soufiane.guerraoui@gmail.com
Venu se présenter à notre dernière rencontre, il est disponible comme comédien de théâtre forum. Il a suivi l’école Lecoq. Il a participé au Maroc à la Création d’un collectif pour une rue sans violence à l’égard des filles et des femmes. https://www.facebook.com/zankablaviolence/

Deux temps forts par ville : le zanka lab, bref film informatif : Regard d’homme vs. Regard de femme / Mannequin fille, mannequin homme : à quoi doit ressembler un homme qui ne harcèle pas / une femme pour ne pas être harcelée ? Le lendemain, le zanka théâtre : 10% des participants reviennent. Création de tableaux, d’images, à partir de témoignages. puis 1h à 1h30 de forum : notamment sur l’observation passive de la violence, les garçons ne « savent pas » qu’ils harcèlent, les filles ne nomment pas le harcèlement. Très grande participation des gens ! Tournée 2018, on y voit Soufiane joker dans la rue : https://www.youtube.com/watch?v=Fm2HEYCBBp0  

texte complété par Soufiane.

Notes de Camille mises en forme par JF, secrétaire. 06 85 54 99 68.

B) DISCUSSIONS EN 3 GROUPES : A,BC, nov 19, A propos de la Liste, et du site du Réseau

groupe A: NOTRE LISTE DE DIFFUSION-DISCUSSION. contact@reseau-to.fr
Plus d’une centaine d’adresses, mise à jour régulièrement. RAPPEL : chaque personne abonnée peut y envoyer un mail, qui sera reçu par tous. Un projet de « code de bonne conduite » élaboré notamment avec Philippe Merlant (Naje, journaliste) a été proposé à tous par JF en avril dernier. Voir sur le site : https://www.reseau-to.fr/site/?p=3204 (le mdp est toujours 77participants)

Nos constats : la liste lonctionne surtout comme une liste de DIFFUSION. Des infos envoyés par les groupes, ou par JF, secrétaire du réseau. Pourtant nous avions espéré qu’elle soit aussi un moyen de discussion, de demande d’aide, de coopération entre les groupes.

Remède : Pour susciter davantage les discussions, d’échanges entre celles et ceux qui en ont besoin  Léa propose de créer un autre outil : AGORAKIT. C’est une plateforme sur internet où on peut créer des discussions, partager son agenda, choisir à quelle fréquence on reçoit des nouvelles… L’outil assez intuitif, facile à comprendre, pas de code, etc…
On y mettrait des discussions sur des thématiques, des questions, des débats, des documents en cours de réflexion. Les documents finalisés iraient ensuite sur le site.

Si on y mettait un calendrier, chaque groupe remplirait son agenda en autonomie.

Décision : Léa (Et Toc!) leagenet@gmail com propose de s’occuper de créer l’espace, de démarrer 3 discussions, puis d’inviter les gens en leur expliquant le focntionnement.

Groupe B: LE SITE INTERNET www.reseau-to.fr

C’est notre vitrine collective envers le public. Nous avons besoin que chaque groupe affirme sa participation à ce réseau et à ses valeurs. Nous savons bien que d’autres utilisent nos techniques, mais sans l’esprit politique du TO. Nous avons besoin de nous faire connaître, et reconnaître.

Rappel : Tous les textes mis en ligne ont d’abord circulé sur la liste du réseau, pour être éventuellement complétés, modifiés. Les calendriers sont rédigés parJF à partir de ce qu’il reçoit des groupes. Quelques préconisations :

  • Faire apparaître le lien www.reseau-to.fr AU DEBUT des sites internet de chaque groupe. C’était déjà une décision la dernière fois… mais il reste souvent à la mettre en application !
  • Proposer à chaque personne de faire de notre site la page d’accueil de son navigateur : cela ferait UNE connection à chaque utlisation d’un navigateur, or les moteurs de recherche classent les sites notamment sur la fréquence de leur consultation et les liens qui y renvoient. Nous l’avions déjà proposé et JF avait envoyé un mail expliquant comment faire, (il va ré-envoyer ce mail) En outre, le débat en sous-groupe a parlé de la CARTE des groupes :
  • Pourquoi fait-elle apparaître en « chapeau » que certaines compagnies interviennent ailleurs que dans leur région ? Réponse : parce que c’est la réalité, nos groupes sont très divers, certains interviennent seulement dans leur zone géographique, d’autres, bien que repérés par un simple point sur la carte, interviennent très souvent dans toute la France, ou hors de leur région On en parle à la prochaine rencontre pour éviter l’impression de hiérarchie ressentie par certain.e.s. En attendant, JF mettra le texte en bas de la carte.
  • Organisation interne pour le site internet à valider la prochaine fois :
    JF gère actuellement le site tout seul, un travail avec un graphiste serait-il prendre en charge par le réseau ? Outre l’arbre de la première page, proposer d’autres symboles ? (pieuvre, rouages, réseau etc…)
    Philippe Risler va démarrer un calendrier DATE par DATE Le calendrier actuel est présenté GROUPE PAR GROUPE. (le « date par date » sera mis aussi sur le site, et actualisé au fur et à mesure que JF actualise le calendrier actuel).

Groupe C: LA PAGE D’ACCUEIL DU SITE :

constat : elle est importante et depuis… le début du site, on dit vouloir l’améliorer collectivement !

Quels mots favoriser ? Les mots qui font consensus : théâtre de l’opprimé.E / outil / oppressions

Les mots qui font débat : réseau / collectif / national / agir sur ou lutter contre ? / solidarité / entraide / soutien. Comment préciser nos valeurs politques ?

Quelques autres idées:

Y expliquer comment faire pour adhérer au réseau.

Faire un texte qui explique ce qu’est le théâtre de l’opprimé avec un historique.
Réféléchir à la place d’Augusto Boal dans la présentation du TO.

Acheter un nom de domaine.

Créer un onglet « lexique »

Les décisions importantes se prennent en AG, (une voix par groupe adhérent.)

Nous lançons 2 discussions à ce sujet sur AGORAKIT  et Léa se charge de les ouvrir :

– une à propos de la première page du site, pour préparer un temps de travail dans une prochaine rencontre : ce sera intéressant de débattre entre nouveaux dans le réseau et membres historiques.

  • une autre discussion sur le site en général. (en attendant, JF modifie légèrement son architecture, et Mara, Fatima, Noémie, Camille se chargent d’indexer par mots clefs les comptes-rendus de nos rencontres.

Autre question : Créer une page Facebook du réseau ? À discuter une prochaine fois !

Résumé par JF

C) DERNIERES IDEES ET ECHANGES EN FIN DU LUNDI 11 NOV 2019 (13ème RTO)

Plusieurs « brain storming » très riches, au cours de ce week-end. Mais nous n’avons pas (ou peu) discuté les idées exprimées.

VOYAGES DANS LE RESEAU : ils sont très appréciés, avec les articles et les photos. Fabienne propose qu’on réfléchisse à une prise en charge financière par le réseau. Pour le moment, seul JF le fait, à ses frais. Il peut communiquer à d’autres sa grille déontologique. (en fait, sujet abordé la veille)
A PROPOS DU SITE  reseau-to.fr (2 autres idées, à ajouter au travail des groupes de réflexion):
-organiser un temps de travail pour un lexique commun,

-acheter des noms de domaine  : www.theatre-de-lopprime.fr et theatredelopprime.info(c’est fait)

PROCHAINE RENCONTRE : inscriptions: https://framadate.org/mSf4L7I1wHMWL2BE

  • utiliser les mails, mais aussi la plate forme AGORAKIT pour préparer, comme nous y a invité Léa dans son mail envoyé de : leagenet@gmail.com
  • Organisées par Brigitte et Noémie. 21/22 mars, Maison Ouverte : rue Hoche, Montreuil, M° mairie de Montreuil ligne 9 (voir leur mail du 14 janvier à 7h26).

    IDEES (à discuter) SUR NOS RENCONTRES, VISITES, FESTIVAL
    1) et si on fixait des dates de rencontres qui ne changent pas d’année en année ?

2) Travailler sur des scènes en chantier

  • travailler ensemble, lors de la prochaine rencontre, une scène en chantier
  • partager des techniques de création, de clarification, de mise en scène
  • proposer aux Cies de montrer un spectacle forum, soit fini, soit en chantier
  • travailler ensemble une situation d’une scène qui nécessite une technique introspectives
  • que chaque troupe présente un spectacle !
    3) Créer une scène ensemble
  • …sur le racisme et le privilège blanc. (est-ce possible entre blancs?) (d’autres thèmes avaient été proposés d’autres années, sans aboutir)
  • jeux pour préparer le public avant les spectacles,
  • jeux et TK spécifiques, en lien avec le thème abordé.
  • Pourquoi pas se rencontrer une semaine, et pas seulement un week-end ?
  • refaire des stages comme avec Chen Alon (janvier 2017)
  • Comment aller en stage dans une autre Cie, sans frais (abordé dans d’autres réunions)
  • Un festival pour se montrer nos spectacles, se renforcer entre nous ?
  • Un festival pour montrer à un public extérieur ? à un public qui ne nous connait pas ?
  • Un festival avec des stages de formations ? Un festival itinérant ?
  • Un festival Sur un thème particulier ? National ? ou des festivals régionaux ? 7) des festivals régionaux (On peut en discuter sur l’Agorakit)
    -Plusieurs ont eu lieu, avec groupes locaux ou groupes TO invités, qui ont apporté une reconnaissance des mouvements sociaux, des institutions locales) etc… -La Troupuscule compte organiser en mai/juin, un festival sur les migrations avec 2 spectacles de TO (à suivre !)
    Les Sardines souhaitent organiser le soutien de la venue des Burkinabè (en mai juin aussi).

Partie réalisé par JF avec l’aide Brigitte, d’après les notes de Camille.

FAIRE DU TO AVEC :

DES TRAVAILLEURS  SOCIAUX  ET DES PERSONNES EN GRANDE PRECARITE

Deux témoignages de Nicole. missgriffassociation@hotmail.com  

Quelques questions marquantes pour moi :

-En quoi le lien entre le TO et la posture du travailleur social a un intérêt spécifique ?

-A quels endroits le TO peut donner de la puissance d’agir?

1) Un éduc spécialisé suit une fille de 10-11ans, dans le cadre de la protection de l’enfance, dans une structure en lien avec l’école.

Quand il nous a raconté cette histoire, on s’est dit que chacun des personnages avait son point de vue sur l’histoire. Nous avons fait un essai : chaque personnage raconte d’abord l’histoire, de son point de vue,  avant qu’on plonge dans les scènes précises du forum :
le chef de service, la directrice de l’école, l’éduc, la maman. 
L’éduc est en relation avec eux et c’est lui, bien sûr, qui nous rapporte le point de vue des autres personnages. Le chef de service considère que cette mère fait partie des familles qu’on ne peut pas « récupérer ». La mère, elle, considère que sa fille et elle sont victimes de racisme, etc…  Les récits préalables font entendre leurs points de vue, leurs valeurs, leurs pensées profondes, toute choses qui ne sont pas forcément « avouées » par les personnes au moment des situations réelles.

L’éduc se retrouve tiraillé entre ces différences attentes, problématiques contradictoires. Lui pense personnellement qu’il ne faut pas séparer la fille de sa mère.

Une des pistes récurrentes, ça a été de ramener la fille dans les discussions qui se passaient jusque là en a parte sans elle. 

Cas typique d’un théâtre forum complexe. Choix: en début de scène,chaque personnage présente l’histoire de son point de vue.

2) Un travailleur social intervient dans une famille.

Multiples problèmes assez « classiques »: enfant qui ne suit plus à l’école, parents qui se déchirent, plaintes des voisins par rapport au bruit…

Le travailleur social a beaucoup de handicaps : Il doit intervenir dans la famille, chez eux, et doit discuter avec le couple de parents qui se méfient de lui.
Forum indécrottable a priori. Nous jouons pourtant !

Une vraie piste surgit quand des personnes de la même nationalité que la famille, à savoir des maliens, sont venues sur scène intervenir auprès des parents. Il n’y eut pas de miracle concernant le problème à résoudre,  mais un dialogue fut vraiment possible avec les parents, et certaines questions de fond ont pu être posées.
Tout ça nous a évidemment posé des questions:
Notamment, comment fait-on pour associer des personnes d’origine étrangère à la médiation dans l’action sociale ?

Nous voulons tenter de sortir le travailleur social d’une crise qu’il peut vivre comme une crise personnelle, et révéler les contradictions du système auquel il est intégré, les injonctions paradoxales, les attentes qu’il subit de ses différents interlocuteurs.

Notes de Camille ou Anne, puis compléments de Nicole avant mise au point par JF.

3) quelques hypothèses rapportés par JF, faites par Marion toptheatredelopprime@gmail.com

Depuis un moment (2 ou 3 ans?), nous avons à Lille de grandes difficultés à animer un atelier avec un groupe que des travailleurs sociaux doivent constituer. (chômeurs, précaires, femmes en détresse, personnes en insertion…) Peut-être comme si eux-mêmes avaient renoncé à mobiliser un groupe. On se retrouve alors avec trop peu de monde, avec des présences en discontinu (parfois même 4 ou 3 ou…)
Peut être aussi que les gens ne se vivent plus comme « opprimé.e.s » avec une envie de changer les choses, mais sont découragés et se sentent « victimes », résignés. On a parfois l’impression que les travailleurs sociaux constatent, renoncent, se sentent impuissants et comme en démission.

Fin de la partie 1 de la rencontre N°13 de nov 19.

voir aussi la partie 2 : techniques d’images, entrainement au jokage, jeux, exercices, chant.

TF « police et habitants » à Montreuil avec Naje

Avril 2019 théâtre forum de Naje sur « police et habitants » à Montreuil (93)
Voilà un titre alléchant et je comptais bien aller voir !
     J’appelle donc Fabienne qui m’invite alors à venir « dès le matin » pour la répétition. J’entre donc à 9h dans la salle de l’hôtel de ville. Tout le monde est assis en cercle, une vingtaine. C’est la dernière séance d’un atelier qui a réuni policiers et habitants plusieurs jours, avec des participations… « fluctuantes » !
Originalité du dispositif :
      Ce n’est pas un projet mené par deux jokers : six comédiens-jokers de Naje sont présents, aux côtés de responsables associatifs, employés municipaux, policiers. Fabienne mène l’ensemble. Après les présentations, elle repère les absents, qui est nouveau, puis recueille encore des nouvelles histoires de relations policiers-habitants qui surgissent. ! Très vite, elle répartit les gens et organise plusieurs sous-groupes autour de ces récits, chacun dirigé par un joker.
Me voilà dans le sous-groupe mené par Emmy.

 
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Soirée ATELIER « famille » avec LA TROUPUSCULE

EN VISITE A « LA TROUPUSCULE »
nouvelle équipe de théâtre de l’Opprimé (Drôme)

           Mardi 25 février 2020, me voilà devant la salle des fêtes de Saillans (vous savez, ce fameux village qui a élu une liste citoyenne et participative la dernière fois!) pour une séance de 3h d’atelier.  Quatre personnes de La Troupuscule avaient participé à la 13ème rencontre du Réseau TO (nov 2019), à l’invitation de Marie France Duflot (Compagnie Naje), qui travaille avec eux.
         18h15, je suis tout juste à l’heure du rendez-vous. Quelques personnes bavardent sur la place, la porte est encore fermée. Anne et Vinciane, les animatrices, arrivent ensuite mais elles n’ont pas la clé ! Pourtant l’ambiance reste souriante et bon enfant et quand Anne nous regroupe sur le parking pour le jeu du « clin d’oeil », je me dis qu’à la nuit tombante, ça va pas être facile…. Mais la clé arrive ! On entre dans la salle carrelée, sans nos chaussures, pour être sûrs de ne pas être accusés d’avoir sali (j’apprends que cela s’est déjà produit, à tort bien sûr). Tout le monde dépose vite son petit pic nic sur le bar et sans tarder, en double cercle, nous commençons.

Poursuivre la lecture

LE FILM « Histoire d’un chantier national » (Naje) est en ligne

« Histoires d’un chantier national » ce documentaire de René Baratta relate l’histoire du chantier de NAJE 2017-2018 sur les classes sociales : de la récolte des matériaux du spectacle à l’écriture du texte, puis des répétitions au spectacle de théâtre-forum. Le réalisateur a été notre compagnon durant les neuf mois du chantier. Merci à lui pour ce cadeau qu’il nous a fait avec ce film. Vous trouverez ici le film sur YouTube.

Théâtre Invisible à Amiens.

17 et 18 Nov 2019 : Un Théâtre Invisible sur les violences faites aux femmes.

Invité par mon ami Bastien, du Groupe Pas à Passo – Théâtre de l’Opprimé, basé à Amiens pasapasso.to@gmail.com me voilà 2 jours dans cette ville avec une petite équipe : Pas à Passo, Metoca (Guatemala) et l’association d’Educ Pop GAS ( Groupe d’appui et Solidarité), ils ont joint leurs efforts, « contre les discriminations ». Nous serons 9 en tout. Comme le dit Cláudia (de Pas à Passo, qui a longtemps travaillé au CTO-Rio) « les personnes qui sont là, sont des personnes qui ont envie et besoin de parler de ces violences, ce ne sont pas des personnes prises au hasard de leurs envies de faire du théâtre ! » Le groupe est très hétérogène en âge et en expérience du TO.

Continuer la lecture de Théâtre Invisible à Amiens.

3 autres récits: TO et migrants

Actions TO avec des migrants : 3 autres récits 
12ème rencontre du réseau TO, avril 19

7 groupes témoignaient: Naje, TOP, Brest (textes déjà parus) ainsi que Sardines et Ficelle, Miss griff, Javali, dont voici les 3 récits en 3 pages.
Commentaires bienvenus ! 

__________Nicole pour Miss Griff missgriffassociation@hotmail.com

Le contexte
Je menais un atelier hebdomadaire de TF dans un Centre Social, avec différents citoyens (venus de tous azimuts) et des travailleurs sociaux. On a voulu faire un pont avec une femme qui y donnait des cours de français. On a donc pu recevoir des migrants (essentiellement des hommes 18-25 ans, beaucoup de maliens) tous les 15 jours, au sein de notre atelier régulier, pendant 2 ans. Ils ne parlaient quasiment pas la langue.
Le début de l’atelier
On s’est mis d’abord à travailler sur des mots de base : «bonjour» par exemple, qui entraîne un travail sur «saluer», sur «l’accueil» (accueillir ça veut dire quoi), sur «partager» ne pas pouvoir ou vouloir partager, posséder, manquer, et de fil en aiguille, avec des outils simples : le dessin (graphique) puis le Théâtre-Image, ils se sont mis à parler, parler de leur propre culture, parler de pourquoi ils étaient partis, parler de ce qui manque, ce qui choque, etc. On ne partait pas directement d’oppressions au départ, mais on y est venu. Avant d’être des revendications, se sont plutôt exprimées des choses du genre « mal-être », incompréhension de codes sociaux, rejets, etc.
On s’est plongé plus tard dans les sujets :
« comment on vit en famille ? », puis « comment pense-t-on l’éducation des jeunes », chez eux et ici en France. On a travaillé aussi sur le rapport hommes/femmes.
J’ai essayé de faire venir des personnes plus âgées du foyer Bara (hommes immigrés de plus de 60 ans en France depuis des lustres) à qui on rendait visite toutes les semaines, avec qui on discutait, mais qui venaient très rarement à l’atelier. Plusieurs de ces hommes ont dit « NOS jeunes ne vont pas bien du tout ici ! » (et donc tout particulièrement les jeunes français issus de l’immigration).
Réunir ces personnes, en termes de générations différentes fut cependant difficile : Certains ne voulaient pas rencontrer les autres. Un homme âgé m’a dit « mais les jeunes ne nous aiment pas, ils ne nous respectent pas ».

Toutefois on a pu aborder les sujets suivants et créer 2 théâtre-forums publics :
-l’éducation des jeunes en France,
-le rapport difficile des familles avec les travailleurs sociaux, notamment s’il s’agit d’inter-venir pour aider un enfant en grande difficulté, un mère isolée, un couple qui va mal, etc.
Le contenu des interventions en forum :
Belles discussions aussi sur le rapport homme/femme, sur la place de chacun dans la famille, sur le rôle du père, de la mère, etc. À chaque fois qu’il y avait un gros problème relationnel, notamment quand l’enjeu était d’aider l’enfant « qui va pas bien du tout », il s’est avéré que les pistes de forum indiquaient que ce serait plutôt à des personnes elles-mêmes issues de la même culture, mais depuis un bon moment en France, qu’il reviendrait de pouvoir intervenir dans la famille, faire de la médiation, etc., et qu’effectivement le fait que le travailleur social est effectivement en général occidental, cela rend d’autant plus difficile de sortir du clivage (par ailleurs habituel) entre « aidants » et « aidés ». Le forum a permis des interventions très fortes et très pertinentes qui posent cependant la question de comment faire concrètement dans la vie courante pour associer les personnes immigrées elles-mêmes à l’action sociale.
On a aussi inventé un dispositif
(il ne s’agit pas de théâtre forum) où les acteurs jouent des personnages dans une voiture, et y embarquent des spectateurs (les spectateurs pourront alors intervenir dans la conversation) : un mec français raconte ses malheurs conjugaux à son pote malien, et l’autre lui explique comment il faut faire quand on veut récupérer sa femme… Ce dialogue, qui forcément confronte les us et coutumes de chacun, mais aussi le sens qu’on accorde à la relation homme/femme (oh combien !), finit pourtant par poser d’autres (et énormes) questions sur « c’est quoi la solidarité ? » (visions africaine et occidentale très différentes, mais aussi conjonctures économiques et sociales très différente) : La solidarité, est-elle au service de la survie (solidité) du groupe (de mêmes), quitte à opprimer tel ou tel « autre », ou est-ce encore autre chose? Et même au final : «Mais c’est quoi l’amour ?»
Interrogation aussi sur la manière dont s’exerce cette solidarité. En France, l’action sociale aide les gens, les précaires, les vieux, etc. mais ça n’empêche pas qu’on voit pleins de SDF et de gens seuls, abandonnés. Au Mali, il faut s’aider entre nous, il n’y a pas de moyens, mais pourtant, personne n’est abandonné comme on voit ici.
Cette voiture…
qui a aussi été filmée, a été souvent présentée confrontée à une lettre sonore réalisée cette fois par une jeune femme française de parents maliens, Kantio.
Dans la « voiture » le personnage de Mamady (malien) nous parle de « sa conception du rôle des femmes » (de quoi nous faire sauter en l’air, du moins nous, femmes européennes), ou sur pourquoi il faut faire des enfants (les enfants aideront les vieux). Avec Kantio, on avait une vision évidemment totalement contraire, mais aussi presque tragiquement contraire, puisque Kantio réclame pour sa part une totale rupture avec ses parents, et avec sa famille restée au pays. Ces deux formes (les deux très politiquement incorrectes) ont permis pourtant de chouettes échanges avec le public.
Ce qui a été vraiment intéressant de mon point de vue
c’est  qu’avec ces gens qui vivaient des choses terribles et très concrètes dans l’instant présent (exil, précarité, discrimination), on a pu pourtant aborder des thématiques qui dépassent la question de leur seule condition et de leur seule « survie » : c’est quoi la famille, l’amour, la solidarité, l’égalité, la fraternité, etc.
L’hétérogénéité voulue
Dans cette action (qui questionnait le « possible VIVRE ensemble »), nous travaillions avec un groupe volontairement extrêmement mixte (socialement parlant). Des gens qui auraient pu ne jamais se rencontrer. Dont la personnalité, l’histoire, le parcours et les possibilités d’expression sont également très différentes. La différence avec un groupe plus « homogène », c’est qu’il faut tout reprendre à zéro de QUI on est, qu’est-ce qu’on pense, qu’est-ce qu’on veut, qui est l’autre, etc. Tout cela est nécessaire, avant de s’engager sur le moindre projet de création. Avant aussi (concernant le TO) de s’engager dans un thème précis, une lutte précise.

(fin de l’intervention de Nicole)

_________Steeve, pour le groupe Javali. cie.javali@gmail.com
Le contexte général
Les CEMEA des Pays de la Loire ont un accueil pour mineurs isolés, l’accueil Tamo (
http://www.cemea.asso.fr/spip.php?article10111). J’avais été salarié des Cemea, et avait déjà travaillé avec ce public. Dans le cadre d’un projet déposé par les Cemea, il m’a été demandé de travailler avec les gars la question de « l’accueil à Nantes ». Sujet large, l’institution était ouverte à une parole brute.
Faire forum ?
L’intention première y était. J’ai décidé par la suite, avec Christella migrante congolaise en attente de régularisation, stagiaire aux Cemea, de ne pas faire forum. Deux raisons : d’abord le public était composé majoritairement de blancs, et nous souhaitions éviter un certain type de paternalisme… D’autre part, l’absence d’un temps suffisant de préparation.
Le Groupe
groupe « ouvert » dès le début, il est composé essentiellement de 12 à 15 garçons d’origines diverses: camerounaise, érythréenne, congolaise, ivoirienne, malienne.
Les animateurs
Christella, migrante, a 25 ans. Elle a été un relais essentiel dans un premier temps entre moi et le groupe. Elle est maintenant membre de la Cie. Sa connaissance des codes culturels a enrichi ma pratique, et m’a enrichi tout court. Mais moi, je me posais la question de ma légitimité : j’étais le seul blanc, et je menais le groupe. D’emblée, je leur avais dit que ce projet, je le faisais aussi pour moi, avec mes raisons (papa qui a migré lui aussi, son frère…)
L’ambiance
J’ai compris l’importance des jeux : j’ai pu me fondre dans le groupe, ça les a détendus, ils adorent danser-bouger, et…des histoires émergent ! On a créé 6 scènes. Mais ils en ont marre de parler du parcours migratoire, et ne supportent pas qu’on les appelle les migrants mais se disent des exilés.
L’atelier, ses contraintes… et pourtant !
Première semaine de travail en mai, 35 heures prévues. Travail effectif : 15 heures. (un peu plus la seconde semaine). De la fatigue, de la faim, et au fil du temps, des traumatismes dont on parle « Je n’arrive plus à fermer les yeux, quand je les ferme, je vois de l’eau, tout le temps… ».  Pourtant, on a créé 6 scènes. Mais ils en ont marre de parler du parcours migratoire, et ne supportent pas qu’on les appelle les migrants mais se disent des exilés.
Les thèmes :
La solidarité spontanée ou réfléchie ; l’accueil en institution ou en hébergement d’urgence ; le racisme institutionnel ; la mobilisation dans une école.
Le spectacle:
«
Les Amis fous » : c’est le nom que le groupe lui a donné. Le jour de la représentation, en juin, on répète 7 heures ! Nous ne sommes jamais arrivés à avoir le groupe au complet. A l’inverse, des nouveaux se présentaient ! Nous avons décidé de ne pas les refuser, ils ont intégré le spectacle. A la fin, ils se sont tous présentés en annonçant une envie, un plaisir, et « on n’est pas que des migrants ». Ils avaient aussi préparé une chanson sur la décolonisation.
Les autres représentations :
Après le spectacle joué aux CEMEA, le directeur m’avait dit que « notre métier n’est pas de le faire tourner », mais moi, avec la compagnie Javali, j’ai continué avec eux. On a rejoué trois fois dans des festivals, dont une fois à Tissé Métisse, pour la 27ème édition de leur événement annuel, (plusieurs dizaines de milliers de personnes le temps de leur fête d’une journée !) Tout cela avec des entrées et des sorties du groupe, mais le spectacle s’est structuré autour d’un noyau dur. Pourtant le groupe était quand même trop mouvant, et je n’ai pas fait forum non plus ces fois-là.
Finances
La Cie Javali n’a rien touché. C’est un choix. Pour 2 semaines de création et le premier spectacle, je n’ai touché que des défraiements (300 euros). Mais à partir du moment où on a décidé de rejouer ce spectacle, les frais logistiques (transport, nourriture) ont été pris en charge par les Cemea. La cie Javali a fait le reste bénévolement.
Conclusion et projets
On voulait aussi le point de vue des professionnels qui accueillent les exilés : Christella a ouvert son réseau, elle a reçu des lettres, des anecdotes, qu’on a pas encore intégrées dans le spectacle mais on en a la volonté.
Ils ont vu leurs statuts évoluer, la plupart dans le bon sens, même s’ils restent fragiles (scolarisation, hébergements, etc…) De mon côté, Je les remercie pour tout ça.
(fin de l’intervention de Steeve)

_____ Groupe Ficelle et Groupe Si les sardines) audebeaudoin@hotmail.com ___

En Tunisie
En 2012 ou 2013, au festival de théâtre de Medenine, nous faisons un stage « théâtre forum et clown » avec le groupe Caravane Théâtre. Une scène montre la pression sociale exercée sur le jeune pour qu’il migre, la mère qui vend les bijoux pour cela. On t’encourage à partir, mais sans la connaissance de l’autre côte du miroir : l’arrivée en Europe ! Le jeune n’a pas idée de la réalité qu’il va trouver. On a vu toute la pression et la difficulté quand tu ne veux pas partir et que tous te poussent à partir. La scène montrait aussi la pression dûe au chômage des jeunes : en Tunisie 80% des jeunes diplômés sont au chômage, si bien que les parents les poussent vraiment à aller en Europe. Ces thèmes, on les a retrouvés dans d’autres pays…

Ainsi, au Burkina-faso : 
la famille qui vend tout pour tenter de sauver un enfant, pour que « lui au moins puisse s’en sortir ». A Bobo Dioulasso, on montre juste un bref travail d’image, dans le cadre d’un festival de courts métrages sur le thème de la migration. Tout avait commencé par des discours, et les gens s’étaient endormis ! Quand on a montré nos images avec le groupe « Les sardines du désert » tout le monde s’est réveillé. Nos images montraient la pression sociale au départ, mais aussi l’accueil en France. On avait commencé par des interventions, où le public montrait les gestes qui les choquaient dans cette image, et les gens cherchaient déjà à construire des images idéales, mais… on nous a signalé la fin de notre prestation ! Quand même, on a vu la proposition d’un vendeur de mouchoirs qui s’était faufilé, son image idéale était titrée : « si tout le monde était bien chez soi ».
     
En mai juin 2019 on va travailler en France avec les burkinabés sur l’avant, la trajectoire, et puis l’arrivée.
Les finances:
Ficelle et Cie a bénéficié d’un FSE (fond social européen) dans le cadre du CLISMA (Comité de liaison inter services migrants Auvergne).
Dans un quartier populaire :
Ficelle et Cie est installée dans le quartier nord de Clermont, La croix Neyrat, où les gens voient régulièrement nos spectacles et où nous menons des ateliers.
Les thèmes :
Les
mariages forcés, on a fait du théâtre forum et du théâtre image, avec des femmes qui étaient en France depuis des années. Elles avaient aussi toute la responsabilité de transmettre leur culture, d’accompagner les enfants. Elles disent : « dans notre pays on élevait tous nos enfants ensemble, ici on a peur de l’enfant de la voisine, on n’ose rien lui dire ». Comment remettre du communautaire dans l’éducation ? La question de l’interculturel était très forte aussi : quatre « frontières » à traverser par les enfants chaque jour, de la maison à l’école et retour ! Parmi les difficultés que cela pose: comme tu fais avec d’un côté ce que tu peux recevoir à l’école, et de l’autre, ce qui revient à la maison ? Beaucoup de femmes suivaient nos spectacles. C’était un spectacle joué par la compagnie.
Le nouveau groupe «Si les sardines avaient des ailes»
On vient de travailler
avec des lycéens de St Brieuc. Ces jeunes ont raconté « l’autre », l’exil en Espagne, comment ils sont arrivés, les difficultés qu’ils ont rencontrées. Ils ont porté ces questions sur scènes, et aussi amené la question de l’oppression des femmes en Espagne. Ils nous ré-alarment sur le sexisme vécu en France.
Des ateliers ont été mis en place :
possibilité d’écrire, de faire du théâtre-image ou de jouer.
Autres scènes jouées avec des jeunes migrants en France :
le sexisme dans les jeux vidéo et dans le foot, et aussi un
«racisme inversé» des jeunes qui étaient eux-mêmes victimes du racisme de par la couleur de leur peau, ont mis en scène une situation où ils insultaient, menaçaient et intimidaient un « blanc » dans la rue.
(fin de l’intervention de Aude)

texte rédigé par JF à partir des notes de Marion et Fatima, textes revus ensuite par les auteurs des témoignages. 6 juin 19