Une technique introspective : les besoins cachés

TECHNIQUE DES BESOINS CACHES
Témoignage: La journée dans son ensemble, puis, une des histoires choisies est la mienne, et je l’explore avec une nouvelle technique : « les besoins cachés » inspirée de la Communication Non Violente.

Deux parties à ce texte :
A) LE CONTEXTE et le déroulement de la journée,
B) description de LA TECHNIQUE «LES BESOINS CACHES».

A) Atelier «Paroles et Forum» une journée de techniques introspectives, animée par Bruno et Noémie, du groupe Ficelle et compagnieficelleetcompagnie@netcourrier.com

Thème : LA VIOLENCE. J’y participe avidement. Voilà une semaine que je suis invité, logé et transporté dans leur groupe : théâtres forums, répétitions, assemblée générale… et maintenant cet atelier. Passionnant, merci ! JF Martel jf.martel@orange.fr

Bruno, qui a suivi un de mes stages de formation à ces techniques voilà quelques années, me reçoit chaleureusement, et me présente comme un « historique » du TO en France ! C’est très sympa de sa part d’accepter son ancien formateur parmi les participants, j’apprécie ces relations, où on peut être tour à tour formateur et participant. La journée « parole et forum » a lieu environ chaque mois, les techniques introspectives du TO. 
-On commence par « le samouraï » :
En cercle, les personnes sont des samouraïs, armés de leur épée (imaginaire). Une première personne vise, en la regardant bien dans les yeux, une autre personne, en abattant son épée avec un son guerrier. La personne blessée se penche en arrière avec un autre cri et les deux personnes qui l’encadrent l’abattent en plantant leur épée dans son ventre avec un troisième cri. La victime relance sur une autre personne. Tous ces mouvements se font en quatre temps, en gardant un rythme régulier. 1 : le samouraï abat. 2 : la personne visée s’effondre. 3 : les deux personnes sur le côté l’abattent, en même temps. 4 : La victime relance.
Les personnes qui se trompent de gestes ou qui réagissent avant ou après leur tour sont éliminées du cercle.
Il s’agit d’un jeu dynamisant, ce qui peut être accentué en accélérant le rythme au fur et à mesure. A ranger dans l’arsenal du TO, je pense, à côté de « l’épée de bois parisienne ».

– Hypnose colombienne égalitaire : 
1ère phase : Le joueur met sa main à une distance d’une vingtaine de centimètres devant les yeux de son partenaire. Le partenaire, comme hypnotisé, suit la main dans tous ses déplacements. L’hypnotiseur fait une série de mouvements avec sa main, de haut en bas, à droite et à gauche, en avant et en arrière, la main verticale par rapport au sol, horizontale, en diagonale – l’hypnotisé doit faire toutes les contorsions possibles pour garder toujours la même distance.

2ème phase : Le joueur hypnotise deux partenaires en même temps avec ses deux mains.

3ème phase : Un joueur au centre hypnotise l’ensemble du groupe. Les participants indiquent en la touchant la partie du corps du partenaire par laquelle il sera hypnotisé. Les joueurs sont hypnotisés soit directement par une partie du corps du personnage central soit par une partie du corps d’un des joueurs déjà hypnotisés par le personnage central, (l’hypnotiseur principal). Le personnage central doit se déplacer très lentement.
Ce jeu permet de travailler l’attention et la bienveillance des uns aux autres.

– Hypnose colombienne inégalitaire :
A deux, un joueur met sa main devant le visage de son partenaire qui doit suivre le déplacement de la main. On inverse, celui qui hypnotisait devient l’hypnotisé. Dans un premier temps, les deux se mettent dans la même situation physiquement et font cela avec douceur, attention et prise en compte des possibilités de l’autre. Dans un deuxième temps, celui qui hypnotise doit « opprimer » l’autre en le mettant dans des positions inconfortables par exemple, en changeant de rythme… Puis, troisième temps : l’hypnotisé va pouvoir résister à cette oppression et trouver des stratégies pour se défendre, tout en maintenant la relation, les règles du jeu.

– Compléter l’image, 3 par 3, avec les consignes « être opprimé, être oppresseur »
Tout cela est très riche, je ne me lasse pas participer à ces jeux, que j’ai pourtant faits et animés tant de fois.

Un exercice d’impro : La bascule de pouvoir.
Les thèmes sont donnés, et les impros se font par deux, devant tous :
« la queue » « rupture amoureuse » accrochage en voiture » « au guichet » « S.A.V. »
D’abord, l’un écrase l’autre, et l’autre accepte tous les reproches, les considère justifiés, et s’excuse.
Mais au « cling » on change les rôles !
-Ensuite, moment d’échanges : parler, écouter, sur l’exercice vécu et sur la violence (thème de la journée) en cercle avec un bâton de parole. Des fiches, au sol, au milieu du cercle. Ce sont de brèves descriptions des 5 techniques introspectives qui sont proposées. (puis pause repas!)
-West Side Story
Avec la variante où c’est la personne qui le sent qui prend le leadership de son équipe, pas forcément celle qui est au centre de la ligne. Je pense : intéressante manière de résoudre la question des déplacements. En effet, je pratique habituellement le renvoi en bout de ligne, de celui qui vient de mener son groupe. Et donc l’avancement des autres d’un cran vers l’autre bout… Et ce genre de « chorégraphie » est parfois un peu floue ! Eux, ont supprimé ces déplacements internes à chaque ligne. Il me semble qu’en contrepartie, il faut une grande attention à celui ou celle qui prend le leadership : on ne se sait pas à l’avance où il ou elle se trouve positionné.e dans la ligne.

B) UNE TECHNIQUE NOUVELLE : LES BESOINS CACHES. (Atelier d’une journée de techniques introspectives, par le groupe Ficelle et Cie). ficelleetcompagnie@netcourrier.com

Question : « avez-vous des situations de VIOLENCE à explorer ? »
Au début, les prises de parole, comme souvent, oublient le mot « je » les personnes disent « on ». Ainsi des phrases commencent comme ça : parfois, « on » se sent violent quand…
Je vois bien la tendance à l’œuvre, si courante, à parler « en général » plutôt que de donner un récit personnel, concret, circonstancié… Et puis, ça vient, progressivement ! Il faut dire que plus tôt dans la journée, nous avions pratiqué le pilotage-copilotage où chaque personne avait pu raconter à son ou sa co-pilote, dans l’intimité, une histoire vécue qui lui tenait à cœur, histoire liée au thème de la violence.

L A TECHNIQUE (elle-même) DES BESOINS CACHES
Une des histoires choisies est la mienne, et je demande à l’explorer avec une nouvelle technique que je ne connais pas : « les besoins cachés ». Noémie et Bruno, pour mettre au point cette technique, se sont inspirés d’une approche de la CNV (Communication Non Violente) où on se centre sur « mes Besoins non satisfaits », plutôt que sur « ma Volonté ». Derrière chaque ressenti négatif, il y aurait un besoin fondamental non satisfait.

En voici le déroulé en 10 étapes.

Etape 1 : D’abord, je dois chercher mes « passeurs », pour reprendre le terme utilisé par Fabienne et NAJE. Je trouve : APTG qui m’a encouragé à faire de la photo, Claude et sa pédagogie non violente, AB et sa bienveillance quand je suis arrivé dans son équipe.

Etape 2 : Ces passeurs sont sculptés, je choisis pour cela trois participants. Je les place ensuite dans l’espace autour de moi, à l’endroit le plus révélateur de l’énergie qu’ils m’ont transmise. Les jokers me proposent de trouver pour chacun quelques mots qui pourraient résumer ce qu’ils m’ont apporté.

Je peux vivre un petit moment au milieu de ces passeurs, en répétant ces mots que je leur ai donnés.

Etape 3 : Le récit de ma scène de « violence ». Il s’agit d’une scène où on voit mon impuissance énervée dans ma relation avec une élève précise : F. Elle est effacée, mutique, sans initiative…

Etape 4 : est-ce actuel ? Voilà un obstacle, peut-être : Les jokers me font remarquer que mon récit est issu de mon passé lointain, de ma carrière d’instituteur qui est largement derrière moi, et donc… à laquelle je ne changerai plus rien !..

Réflexion : Je n’aurai certes plus ni cette élève, ni d’autres ! Mais finalement, c’est quand même actuel : ce travail pourrait me servir avec d’autres enfants, mes petits-enfants, ou d’autres, si je comprends un peu ce qui m’a bloqué et me bloque encore. OK.

Etape 5 : j’improvise l’histoire, avec des acteurs que je choisis. F. sera jouée par une femme, Do, avec qui j’ai travaillé ce matin [sur l’hypnose colombienne] et en pilotage copilotage et qui se trouve être (comme
par hasard!) institutrice.
La scène. F, comme d ‘autres élèves, vient à mon bureau me montrer son travail, pour obtenir des corrections, des suggestions, etc.… Elle avance, le regard baissé, comme d’habitude, ses mains pendant, croisées en haut de ses cuisses, tenant son cahier. Elle est constamment doublée par d’autres enfants, qui posent rapidement un cahier sur mon bureau, sont volubiles, demandent un conseil et repartent vite. Parfois même, d’autres cahiers recouvrent celui de F. sur mon bureau, tandis que je tente en vain de croiser, capter son regard. Puis, je dois quitter mon bureau, car ce moment dédié aux corrections est terminé, et je suis réclamé par un groupe de travail. F. n’aura pas eu de réponse… aux questions qu’elle n’a pas posées !
Je lui en veux et lui jette un regard noir…. Affreux !

Etape 6 Les jokers me demandent de sculpter trois ressentis. Cela donne :
-mon envie de la secouer par les épaules
-la nausée, presque à lui vomir dessus avec une grimace
-l’impuissance, avec la tentation de la supplier à mains jointes. 
Trois participants prennent les trois images des trois ressentis.
Je me dis, après la séance, « ai-je vraiment créé des images de ressentis, ou des images de désirs cachés ?
Ils rejouent chacun leur tour la scène (en étant uniquement ce ressenti, avec cette image).
A la fin de chaque improvisation, les jokers me demandent de m’adresser au personnage qui jouait mon ressenti et de lui dire : « tu es mon besoin de… et je suis insatisfait quand… » Bruno ajoute : « c’est très important, ce besoin doit être exprimé comme un besoin universel éprouvé par tout homme ».
Etape 7:
Quel besoin insatisfait semble le plus pertinent à visiter ce jour-là ? Demandent les jokers.
Un besoin me marque profondément : (j’ai même oublié les autres) !
« J’ai besoin de rencontrer l’humanité de F. et je suis insatisfait quand je n’y arrive pas »
Etape 8 : 
R
ejoindre mes passeurs pour imaginer que grâce à leur aide, je pourrais trouver, dans des circonstances différentes, les ressources nécessaires pour satisfaire ce besoin universel.
Etape 9 : 
Je rejoue la scène de départ, au milieu de mes passeurs, fort de cette « imagination », avec les mêmes partenaires. Un des buts étant de vérifier par le théâtre si ce besoin non satisfait est bien le besoin principal dans cette scène.

Etape 10 :
la 
ré-impro, où je m’appuie sur mes passeurs.
J’ai fini par accéder aux feuilles de F. et corriger son travail ! Comment ? Voilà le déroulement : 
Do, qui joue F. a eu un grand soulagement, dit-elle, quand je me suis intéressé directement et activement à ses feuilles et… pas à elle ! J’ai ouvert ses feuilles, les ai regardées, sans que ni F. ni moi ne dise rien ! Sinon, elle aurait eu encore trop peur… Je crois même (j’en suis sûr) avoir croisé son regard après avoir corrigé son texte, avant qu’elle ne reparte…

Bilan en groupe, échanges… Ce que j’en tire :
Je savais bien sûr que F. avait peur de moi (et des autres). Mes tentatives pour entrer directement en relation avec elle étaient souvent vaines. En pédagogie Freinet, nous nous disons souvent chercher à « remettre l’enfant au centre », au centre de ses apprentissages, ses découvertes, etc… C’est un enfant, une personne, avant d’être un élève. Mais là, clairement, la relation, pour avoir lieu, ne pouvait qu’être médiatisée : ici, médiatisée par son cahier ! Il fallait que je regarde son cahier, pas elle !
D’autant qu’elle devait évidemment sentir que cette attitude introvertie n’était pas ce que j’espérais d’elle… Elle était donc jugée avant d’avoir montré quoi que ce soit. Il me fallait ici, faire un peu commeces maitres traditionnels qui corrigent des cahiers HORS de la présence de l’enfant lui-même ! Moi qui croyais tellement que c’est en lui montrant ses erreurs, en lui faisant les débusquer, que je pouvais l’aider à progresser !.. Sans doute, avec beaucoup cela fonctionnait ainsi. Mais F. avait besoin de beaucoup plus de distance… « Quoi ? Celle-ci ne m’aime donc pas, elle refuse la relation… avec tout ce que je fais pour elle et pour cette classe ? » Voilà ce que je devais me dire, en lui en voulant ! Et c’était le blocage.

Avec les petits enfants et d’autres, je sais que j’ai plus de mal avec ceux qui sont distants, qui ne « disent pas » ne se livrent pas beaucoup. Or, respecter la distance dont ils ont besoin, ce serait peut être prendre en compte leur travail, leur chant, leur découpage, leur dessin, leur puzzle, m’attacher à en dire des choses, éventuellement même à corriger, rectifier… Mais en me centrant sur la production elle-même, pas tout de suite sur l’enfant !

Voilà ! Il m’a fallu atteindre 70 ans et cette journée de stage (fin nov 2018) pour formaliser cela. Merci à Noémie et Bruno. JF Martel jf.martel@orange.fr

Texte de JF revu par les animateurs. 14/4/19.

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